Cancer du sein : qu’est-ce qui nourrit le crabe ?
Les cas de cancer du sein en France ne cessent d’augmenter. Et les femmes de moins de 50 ans ne sont pas épargnées. Certaines s’interrogent sur les causes environnementales de cette maladie qui transforme durablement leur corps et leur vie.

C’est souvent par hasard qu’elles l’ont découverte. Cette petite boule inhabituelle, pas forcément gênante mais inquiétante, sur la poitrine. En se séchant après la douche, en se touchant lors d’un jeu amoureux ou en se passant de la crème solaire avant une séance de surf. C’est ainsi que Fanny Thauvin a repéré une petite boule dure en haut de son sein. C’était il y a six ans et elle avait 33 ans.
« Dès le diagnostic, on m’a dit d’arrêter de prendre la pilule. J’étais étonnée qu’aucun médecin ne m’interroge sur mes conditions de vie ou mes habitudes quotidiennes. Puis les analyses ont révélé que j’étais porteuse d’une anomalie génétique, donc prédisposée au cancer du sein. Pour la majorité des gens, cela suffisait à expliquer les causes de mon cancer mais, au fil de mes recherches, j’ai réalisé que dans notre génération les cancers apparaissent dix à vingt ans plus tôt que pour nos aïeules. Le gène à lui seul ne peut pas expliquer des cancers jeunes, il a besoin d’être titillé par d’autres facteurs pour se réveiller », explique la jeune femme aujourd’hui bénévole au sein de Jeune et Rose, un collectif de femmes ayant affronté un cancer du sein entre 20 et 40 ans.
Selon Santé publique France, il est la première cause de décès par cancer chez la femme, avec 60 000 nouveaux cas et 12 000 décès par an. Récemment, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a classé la France à la première place mondiale pour son incidence à partir des données de 2022. Et les prévisions à l’horizon 2050, si rien n’est fait, sont inquiétantes puisque le nombre de cas annuels en France passerait de 65 700 à 75 400. Des chiffres qui interrogent de plus en plus de malades, d’aidant·es, de médecins et de scientifiques sur d’éventuelles causes environnementales.
Culpabilité« Quand on est malade, on nous donne des fascicules vantant les mérites d’une hygiène de vie impeccable autour du triptyque tabac/alcool/sédentarité. C’est en effet justifié, mais pour des bienfaits globaux sur la santé, car cela ne représente que 30 % des cas de cancers du sein. Ensuite, 10 % seraient liés à la génétique. Et le reste ? On en parle peu ou les spécialistes résument cela par “des causes multifactorielles et l’effet cocktail” sans véritablement creuser », déplore Fanny Thauvin, chargée de la veille scientifique sur les facteurs environnementaux des cancers pour Jeune et Rose.
« Face à ces chiffres qui augmentent, on nous rétorque souvent deux arguments : l’âge de la population qui croît, et les campagnes de dépistage qui révèlent plus de cas. Alors, regardons les chiffres chez les moins de 49 ans puisqu’il n’y a pas de dépistage organisé en dessous de 50 ans : la France se retrouve avec un taux d’incidence de 47,4, tandis que la moyenne mondiale est à 20, et la moyenne européenne à 31 », précise André
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