À l’Ofpra, la souffrance au pas de charge
Malgré des mouvements de grève successifs, des dysfonctionnements persistent au sein de l’organisme chargé de la protection des réfugiés et apatrides. La politique du chiffre épuise les fonctionnaires et pénalise les demandeurs d’asile.
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© STÉPHANE DE SAKUTIN / AFP
Écouter des récits d’exil à longueur de journée, souvent parsemés de souffrances, démêler le vrai du faux, prendre en compte les traumatismes qui influeraient sur la façon de raconter : nombreuses sont les tâches qui incombent aux officiers de protection instructeurs de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra).
Éprouvant psychologiquement, le mandat de ces fonctionnaires est d’autant plus ardu qu’il se heurte à la « politique du chiffre » imposée par la direction, selon Alexis*, chargé de recherche (1) à l’Ofpra. Cette injonction d’accélérer le traitement du nombre de dossiers par année était par ailleurs au cœur des protestations des agents. Ils ont fait grève durant plusieurs journées, la dernière en date remontant au mois de mars 2024. Chaque année, les agents doivent rendre 386 décisions, ce qui équivaut à 1,7 entretien par jour.
Ce quota est d’autant plus difficile à respecter que, selon Ahmed*, officier de protection à l’Ofpra depuis quatre ans, « on traite des demandes d’asile qui se complexifient de plus en plus. On nous demande également d’être vigilants sur des points comme la menace grave à l’ordre public, ce qui nous ajoute du travail. Et comme on nous demande de sortir toujours plus de décisions, il y a un moment où ça coince ».
Alice Benveniste, avocate spécialisée en droit d’asile, remarque que, depuis quelques années, les convocations à un deuxième entretien, qui étaient assez communes, se raréfient, à part sur des dossiers très complexes. En outre, bien que l’Ofpra soit une administration indépendante, elle dépend de la tutelle financière du ministère de l’Intérieur, qui se charge de définir l’objectif de performance annuelle.
Cet objectif, au demeurant, n’est bien souvent pas respecté. « Dans ma section, par exemple, on est tous entre 70 et 80 % de notre objectif annuel, relève Ahmed. Ça n’a pas d’impact en soi, sauf qu’il sera notifié qu’on n’a pas atteint l’objectif chiffré. Le jour où on veut changer d’administration, ça peut nous être reproché. » L’officier ajoute que, si sa cheffe de section accepte que les salariés n’atteignent parfois pas leurs objectifs, ça n’est pas toujours le cas au sein d’autres services.
TurnoverL’Ofpra est l’une des administrations publiques ayant les plus hauts taux de turnover : chaque année, 25 % de l’effectif est renouvelé. Les officiers de protection instructeurs restent en moyenne trois ans en poste, ce qui s’explique par le défi psychologique que peut représenter le fait d’écouter à longueur de journée des récits d’exilés souvent constellés d’expériences traumatiques, ainsi que par la pression managériale.
Pour certains officiers, cet emploi fait office de tremplin afin d’atteindre des postes à plus haute responsabilité au sein de la fonction publique. Ces carrières relativement courtes au sein de l’Office et la moyenne d’âge – qui avoisine les 35 ans – impliquent naturellement une certaine inexpérience, qui peut nuire à la pleine compréhension des récits.
Les officiers n’ont plus le temps de se former en profondeur sur les pays sur lesquels ils travaillent.
Alexis« Les officiers n’ont plus le temps de se former en profondeur sur les pays sur lesquels ils travaillent, regrette Alexis. On a affaire à des gens qui ne sont pas spécialistes des régions qu’ils vont traiter, donc qui font des erreurs. » Le chargé de recherche note que, si certaines demandes sont « stéréotypées », comme celles des Bangladais, d’autres sont
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