« Strano », au cirque comme à la guerre
Avec son nouveau spectacle, le Cirque Trottola laisse de nouveau opérer son charme unique.
dans l’hebdo N° 1841-1843 Acheter ce numéro

En plus de vingt ans, Titoune Krall et Bonaventure Gacon n’ont pas changé. Ou, si c’est le cas, leur maquillage, qui les rend blêmes, et les guenilles superposées dont ils s’attifent dans leurs rôles de clowns-acrobates, connus sous les noms de Titoune et Boudu, ne laissent rien voir du passage du temps. Lorsque le second dégringole au début de Strano (« étrange », en italien) depuis les hauteurs du chapiteau, on le trouve tout pareil à celui qu’il était dans le premier spectacle éponyme du Cirque Trottola, créé en 2002. Non pas qu’il ait l’air jeune, ni vieux d’ailleurs.
Les clowns qu’incarnent les deux artistes sont célestes, et semblent ainsi échapper aux contraintes qui pèsent sur les hommes. Les sons étouffés d’une fanfare qui nous font tendre l’oreille au début de la pièce – seulement la cinquième de la compagnie, dont chaque création prend très longtemps la route – témoignent pourtant de la proximité du monde.
Si dans son spectacle précédent, Campana (2018), Trottola mettait déjà en scène un microcosme rescapé de quelque catastrophe, la menace se précise ici, dans la mesure où le langage du duo le permet. Une guerre a eu lieu, ou même est en cours quelque part, nous disent les clowns dans leur idiome fait de quelques mots et de jeux absurdes autant qu’acrobatiques.
Bricole et tremblementComme dans chacun de leurs opus précédents, Titoune et Bonaventure cisèlent leur drôle de vocabulaire en fonction du chapiteau où ils ont choisi de se présenter au public. Après deux créations dans l’intimiste « tonneau » du Petit Théâtre Baraque, les complices ont eu l’envie d’un peu plus d’espace.
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