Louise Courvoisier : « J’ai appris en regardant les gens »

Avec Vingt dieux, la réalisatrice signe un premier long métrage qui témoigne déjà de sa forte personnalité de cinéaste.

Christophe Kantcheff  • 10 décembre 2024 abonné·es
Louise Courvoisier : « J’ai appris en regardant les gens »
La réalisatrice voulait raconter cette jeunesse de garçons qui vivent dans un mélange de violence et de fragilité.
© Laurent Le Crabe

Dans la campagne du Jura, Totone (Clément Faveau), 18 ans, tête brûlée, se laisse vivre. Mais son père, producteur de comté, se tue en voiture. Le garçon doit soudain se prendre en main, d’autant qu’il a à sa charge sa petite sœur (Luna Garret). Que faire ? Louise Courvoisier signe avec Vingt dieux un premier long métrage rural mais non régionaliste, qui aborde avec délicatesse des thèmes ancestraux : l’amitié, l’amour, la solidarité ou encore les liens fraternels.

S’y déploie aussi un « roman d’apprentissage », où l’on voit Totone, par le travail et l’expression de son humanité, mais non sans dilemmes, passer à l’âge adulte. Vingt dieux, que nous avions beaucoup aimé à Cannes, ressemble à sa réalisatrice, âgée de 30 ans, et déterminée : elle l’a tourné dans sa région, avec des acteur·rices non professionnel·les, et tel qu’elle l’entendait. Rencontre.

Vous qui sortez d’une école de cinéma, pensez-vous que c’est la meilleure voie pour apprendre à faire du cinéma ?

Louise Courvoisier : Ce n’est en tout cas pas la seule manière. J’ai, quant à moi, bénéficié d’une très bonne école, la CinéFabrique, à Lyon, qui a été fondée par le cinéaste Claude Mouriéras. J’y ai surtout gagné en confiance, ce qui m’a permis de suivre mon instinct et d’écouter mes envies. J’ai pu y rater des choses, comprendre pourquoi elles étaient ratées et faire mieux ensuite. Plus on a de méthodes qui nous sont propres, plus on a de chances de faire un film personnel.

J’ai appris dans cette école des aspects techniques que je ne soupçonnais pas a priori. J’étais en section scénario – il n’y a pas de section réalisation à la CinéFabrique. Ce qui est technique dans le scénario, c’est, par exemple, comment ne pas être explicatif. Souvent, quand on débute, on est trop frontal avec le sujet. On veut tout expliquer. Après trois semaines de théorie, nous sommes passés à la pratique : écrire puis se faire relire par des scénaristes qui nous ont donné des clés d’écriture.

N’y avait-il pas un risque d’uniformisation ?

Pas du tout. La CinéFabrique recrute des profils d’étudiants très différents. Nous y faisions des films qui ne se ressemblaient pas. Nous n’y subissions aucune censure ni aucun dogme. Chacun pouvait suivre le trajet qui lui chantait. Je n’ai pas du tout senti qu’on essayait de nous faire entrer dans une case.

Je me suis rendu compte à quel point il était difficile de ne pas perdre l’âme de son film en cours de route.

C’est après l’école que cela se complique…

Oui. Quand j’ai commencé à me confronter aux commissions du CNC et aux financeurs, qui font des retours sur les scénarios, je me suis rendu compte à quel point il était difficile de ne pas perdre l’âme de son film en cours de route. Tant de gens donnent leur avis sur le scénario, qui ont en outre le pouvoir de s’engager ou pas financièrement ! Heureusement, j’ai été bien entourée, notamment par une scénariste, Marcia Romano, qui nous a aidés à ne pas nous laisser déstabiliser et à garder tout ce qui nous semblait fonctionner malgré des retours qui pouvaient être sceptiques ou négatifs.

Est-ce que regarder des films vous a aidée ?

Je n’ai pas grandi dans un milieu cinéphile. Je me suis mise à regarder beaucoup de films quand j’ai suivi une option cinéma au lycée puis à la fac de cinéma. Mais à partir du moment où j’ai commencé à fabriquer moi-même des films, c’est-à-dire vers 21 ans, mon envie d’en voir est

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Cinéma
Temps de lecture : 8 minutes