À Paris, l’Assurance maladie s’attaque à la santé des plus précaires

L’Assurance maladie a annoncé aux personnels des centres de santé de Stalingrad et Réaumur des projets de « réorganisation » qui réduiront drastiquement l’offre de soins, notamment pour les plus précaires. Ils s’accompagnent d’un plan de licenciements de 25 personnes, a minima. Révélations.

Pierre Jequier-Zalc  • 18 décembre 2024 abonné·es
À Paris, l’Assurance maladie s’attaque à la santé des plus précaires
© Fred Dufour / AFP

Un centre de santé ne serait-il, finalement, qu’une entreprise comme une autre ? Où les dépenses doivent équilibrer les recettes. Et où la rentabilité devient le seul critère pour poursuivre, ou non, une activité. C’est bien l’amère impression qu’ont, depuis quelques jours, les personnels du centre de santé de Stalingrad, à Paris. Fin novembre, leur direction, sous tutelle de la Cramif, la caisse régionale d’Assurance maladie d’Île-de-France, leur a annoncé un « projet de réorganisation » de leur centre de santé.

Ce projet, « brutal et violent » selon plusieurs interlocuteurs, prévoit la fermeture de neuf spécialités : la radiologie, la kinésithérapie, la dermatologie, la gastro-entérologie, la rhumatologie, la néphrologie, l’ophtalmologie, l’endocrinologie, et la chirurgie viscérale et orthopédique. Et la suppression de 25 postes. Une véritable destruction de ce centre de santé qui totalise, chaque année, plus de 100 000 passages de patients.

"Structure essentielle"

Surtout, ce centre de santé public, rattaché à la sécurité sociale, ne propose que des soins conventionnés en secteur 1. C’est-à-dire sans aucun dépassement d’honoraires. Ce centre de santé est « une structure essentielle dans l’équilibre de l’offre de soins de l’arrondissement et plus largement du quart nord-est parisien, zone identifiée par l’Agence régionale de santé Île-de-France comme une zone sur laquelle l’offre de soins (hors dentaire) est globalement déficitaire, en secteur 1 notamment », écrit l’Assurance maladie, dans un document confidentiel justifiant ce projet de « réorganisation », que Politis s’est procuré.

Une structure socialement mixte qui entre dans sa vocation d’accès aux soins pour tous.

Assurance maladie

Cette note d’une soixantaine de pages, adressée au comité social et économique (CSE), démontre tout le paradoxe de ces fermetures. En effet, celle-ci commence par louer le travail de ce « centre de soins 'de quartier' et 'familial' » qui représente un « modèle polyvalent particulièrement adapté à cette médecine familiale au sens où il crée une dynamique de fidélisation et où les personnes en situation de fragilité en matière d’accès aux soins peuvent trouver différents types de soins de premier niveau ».

Surtout, elle souligne l’importante présence des personnes en situation de précarité dans la patientèle – autour de 30 % -, ce qui fait de ce centre de santé « une structure socialement mixte qui entre dans sa vocation d’accès aux soins pour tous ». Un endroit ouvert à tous, accessible

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Santé
Temps de lecture : 9 minutes

Pour aller plus loin…

Aide à mourir : « J’ai peur qu’on me rembourse mon euthanasie plutôt que mon traitement »
Analyse 20 janvier 2026 abonné·es

Aide à mourir : « J’ai peur qu’on me rembourse mon euthanasie plutôt que mon traitement »

Après plusieurs reports, la proposition de loi sur l’aide à mourir est examinée au Sénat. Un texte redouté par de potentiels futurs patients et soignants concernés, tant son application reste floue dans un système de santé déjà fragilisé.
Par Isya Okoué Métogo et Chiara Kahn
Dans les territoires ruraux, les croix vertes des pharmacies s’éteignent l’une après l’autre
Reportage 15 janvier 2026 abonné·es

Dans les territoires ruraux, les croix vertes des pharmacies s’éteignent l’une après l’autre

Dans le sillage des déserts médicaux, les habitants des petits villages observent, impuissants, la fermeture de leurs pharmacies, peu attractives pour les candidats à l’installation.
Par Élisa Centis
« Nous sommes là pour repérer des signes de mal-être, de décrochage »
Entretien 7 janvier 2026 abonné·es

« Nous sommes là pour repérer des signes de mal-être, de décrochage »

Comment accompagner les adolescents des quartiers prioritaires sur les questions de santé mentale ? Gilles Rondeau, directeur de la maison des adolescents de la Sarthe, revient sur l’implantation de son équipe depuis deux ans au sein des collèges en REP et REP+.
Par Elsa Gambin
Pédopsychiatrie : à Nantes, huit lits pour se remettre debout
Reportage 7 janvier 2026 abonné·es

Pédopsychiatrie : à Nantes, huit lits pour se remettre debout

Alors que la Loire-Atlantique reste particulièrement sous-dotée en lits de pédopsychiatrie, le CHU de la ville a ouvert en septembre 2025 l’unité Philae, qui accueille sur quelques jours des adolescents et des jeunes adultes en situation de crise psychique.
Par Elsa Gambin