Le café au milieu du village

La sociabilité en milieu rural est protéiforme, mais pas toujours accessible. Reportage dans trois lieux qui tissent du lien social, chacun à leur façon.

Vanina Delmas  • 18 décembre 2024 abonné·es
Le café au milieu du village
Le P’tit Campo à Champgenéteux, dans le Nord-Mayenne. Le café associatif a ouvert en 2022.
© Vanina Delmas

"Le droit à la paresse, on adhère à 100 % mais ce n’est pas notre moteur. Notre temps libre, on le passe à travailler au bar, pour les clients », lance Arnaud, rieur, en terminant la transformation du coin PMU en salle de spectacle. Ce dimanche, au bar Le Populaire, les turfistes laissent la place au théâtre d’impro. Un concept inimaginable à Ambrières-les-Vallées il y a encore quatre ans.

Dans ce village de Mayenne de près de 3 000 habitant·es, le bar PMU Le Voyageur, situé à deux pas de la mairie, était incontournable pour les parieurs, les joueurs et les commerçants qui venaient boire leur café le matin. Mais, en 2020, il ferme soudainement avant la vague de covid-19. « Ça s’est ressenti. Certains allaient jusqu’à Mayenne pour jouer, se souvient Olivier, aujourd’hui gérant du lieu. Un village sans PMU, sans bar, c’est mort. »

Quand on a vu le dépérissement social dans le village, il nous a paru évident d’ouvrir un nouveau lieu pour créer de la vie.

Arnaud

Avec son pote d’enfance Arnaud, leur rêve d’ouvrir un bar un jour galope plus vite dans leur tête. Ils embarquent trois autres ami·es dans l’aventure pour ouvrir leur café six mois plus tard. « La démarche n’était pas mercantile à l’origine, d’ailleurs notre salaire ne reflète pas le nombre d’heures de travail. Mais, quand on a vu le dépérissement social dans le village, il nous a paru évident d’ouvrir un nouveau lieu pour créer de la vie, ici. »

Au comptoir, quelques jeunes habitués du lieu, des gens de passage venus acheter un jeu à gratter ou un paquet de cigarettes. Dans la salle, des Anglais ont pris possession des canapés dans l’espace décoré façon pop art. Des rires fusent de la salle du fond : le catch d’impro entre l’équipe locale, La Tila de Laval, et ses voisins, Les Improvoks de Lonrai, a trouvé son public.

Après-midi théâtre d’impro au bar Le Populaire d’Ambrières-les-Vallées, en Mayenne. (Photo : Vanina Delmas.)

Si la carotte « tabac » figure toujours sur la façade, tout comme les enseignes PMU et FDJ, les nouveaux propriétaires ont réussi à inventer un bar nouvelle génération « pour vraiment accueillir tout le monde ». « C’était un pur PMU, très… viriliste ! Quand une femme entrait, elle était dévisagée tout de suite. Tout ce qu’on ne voulait pas, lâche Olivier avec bonhomie. Et tout était vert, même la façade. » Place alors à une déco moderne, faite de récup’ et d’inventivité. Mais aussi à une carte avec de nouvelles bières, moins classiques, et des boissons sans alcool mises en valeur.

La pièce du fond a été rénovée pour en faire une salle modulable. D’abord pour les turfistes, avec machine à jouer et grand écran pour suivre les courses afin qu’ils aient leur espace, et que les autres profils de clients (femmes, familles, jeunes) n’aient pas d’appréhension à franchir la porte. Puis pour en faire une salle prête à accueillir des événements : concert, théâtre, spectacle pour enfants, soirée jeux de société, friperie, etc. « Notre but était qu’on parle de nous pour le bar et pas pour le PMU. Je crois que c’est gagné, d’ailleurs les clients se sont même approprié le nom : ils nous appellent le Pop’ ! » s’amuse Olivier en servant une bière de Noël.

Pallier la disparition des services

Le café de village est profondément ancré dans l’imaginaire collectif français. Il est pourtant en voie de disparition depuis plusieurs années et, avec lui, une certaine idée de la sociabilité. La désindustrialisation du monde rural puis le déclin de la paysannerie, avec la révolution agricole et le remembrement après la Seconde Guerre mondiale, ont conduit à une chute drastique de la population rurale et à la fermeture d’un grand nombre de cafés dans les villages.

Au début du XXe siècle,

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

À Nanterre, dans la cité Pablo Picasso, des habitants montent au front contre leur bailleur
Reportage 13 mars 2026 abonné·es

À Nanterre, dans la cité Pablo Picasso, des habitants montent au front contre leur bailleur

La tour 19 de la célèbre cité, comptant 38 étages et près de 180 logements, est privée de certains de ses ascenseurs depuis plusieurs mois. Une problématique qui s’ajoute à une insalubrité de plus en plus criante. Les habitants se mobilisent contre le bailleur, Nanterre Coop Habitat.
Par Pierre Jequier-Zalc
« La vraie opposition, c’est les puissants contre les précaires, pas les Calaisiens contre les exilés »
Entretien 13 mars 2026

« La vraie opposition, c’est les puissants contre les précaires, pas les Calaisiens contre les exilés »

Face à la maire Natacha Bouchart et à la poussée de l’extrême droite, la liste « Calais à gauche toute » veut rompre avec la politique d’hostilité menée contre les personnes exilées. Juliette Delaplace, figure associative et numéro deux de la liste, détaille comment une municipalité peut résister à la militarisation de la frontière.
Par Pauline Migevant
Familya, l’association pro-Stérin qui menace le Planning familial
Enquête 12 mars 2026 abonné·es

Familya, l’association pro-Stérin qui menace le Planning familial

Avec ses cadres issus de la sphère réactionnaire et ses financements catholiques anti-IVG, dont le Fonds du bien commun du milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin, Familya profite des caisses exsangues du Planning familial et de la négligence des pouvoirs publics pour asseoir sa vision conservatrice de la famille.
Par Chloé Bergeret
Associations : l’enjeu oublié des municipales
Enquête 11 mars 2026 abonné·es

Associations : l’enjeu oublié des municipales

Partout en France, des maires se portent au chevet des associations, dont le rôle de lien social est essentiel dans les villes et quartiers populaires. Mais compenser le désengagement de l’État leur est souvent impossible.
Par Lucas Sarafian