Pour des transports publics gratuits !

Jean-Marie, militant syndical, nous livre son expérience à Strasbourg.

• 8 janvier 2025
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Pour des transports publics gratuits !
La station de métro Vieux Lyon-Cathédrale Saint-Jean.
© Lucas Gallone / Unsplash

À un peu plus d’un an des élections municipales, la question des mobilités va revenir avec force dans le débat public. De nombreux collectifs et associations ont émergé partout en France pour exiger des investissements forts en matière de transports en commun, afin de les rendre accessibles à toutes et tous. Jean-Marie nous livre ici son expérience à Strasbourg.


Militant syndical dans les forêts, j’ai toujours lutté pour le respect des droits des travailleurs et pour la préservation de l’environnement. Intimement convaincu que les urgences sociale et environnementale sont liées, j’ai rejoint en 2019 le collectif strasbourgeois pour la gratuité des transports en commun, car je considère que garantir le droit à la mobilité pour tous et toutes est une réponse sociale, écologique et démocratique.

Ce collectif regroupait des citoyen·nes, militants politiques, associatifs, syndicaux. Il a contribué à faire grandir cette idée dans la population. Grâce à notre action citoyenne, nous avons réussi à imposer ce thème lors des élections municipales de Strasbourg, en 2020. À tel point que chaque liste, de droite ou de gauche, proposait une part de gratuité dans son programme. L’arrivée d’une nouvelle majorité écologiste de gauche à la mairie a permis d’avancer dans la mobilisation. Depuis 2021, les transports en commun sont gratuits pour les moins de 18 ans.

Sur le même sujet : Dossier : Transports : pour ou contre la gratuité ?

Deux ans après la crise du covid-19, nous avons créé l’association Astragat, parce que nous souhaitions encore mieux nous organiser pour faire entendre l’enjeu de la gratuité dans notre métropole. Débats, rédaction de tribunes, échanges avec les organisations syndicales, interpellation des élu·es, rassemblements devant la préfecture et le Parlement européen, présence dans la marche climat et dans les forums associatifs… Astragat fait vivre le débat sur cette question à Strasbourg.

Partout où la gratuité des transports a été mise en place, celle-ci a prouvé son efficacité.

Car, partout où la gratuité des transports a été mise en place, celle-ci a prouvé son efficacité. Dans des villes comme Compiègne (depuis 1975), Aubagne (2009) ou Dunkerque (2018), la fréquentation des transports publics a bondi. À Châteauroux, elle a augmenté de 172 % en seulement quelques années. La métropole de Montpellier, de taille comparable à Strasbourg, s’est lancée depuis décembre 2023 dans cette conquête sociale et écologique. Pourquoi ce qui marche ailleurs ne pourrait-il pas fonctionner à Strasbourg ?

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La gratuité des transports publics garantit le droit aux déplacements pour tous et toutes. Alors que l’Eurométropole de Strasbourg est l’une des plus inégalitaires de France, avec 21 % de taux de pauvreté. Elle augmente régulièrement ses tarifs, mais sa politique de tarification solidaire reste insuffisante : dès que l’on se rapproche du Smic, on n’y a plus droit. Pire, par manque d’information ou à cause de la complexité des démarches, de nombreux citoyens et citoyennes y renoncent. À l’inverse, la gratuité donne une liberté d’accès aux transports avec effet immédiat.

Comme les autres métropoles de France, Strasbourg est touché par la pollution atmosphérique, avec régulièrement des pics d’ozone. La pollution est responsable d’environ 500 morts par an sur notre territoire. La gratuité des transports, associée à leur développement, envoie un signal fort pour réduire l’usage individuel de la voiture et contribuer à rendre l’air plus respirable.

La gratuité des transports publics peut faire de nos villes de véritables territoires partagés.

Enfin, comme toutes les métropoles, notre territoire est fracturé. Il y a des quartiers populaires en périphérie dans lesquels les habitants ne se sentent pas légitimes d’accéder au centre-ville. Le développement et la gratuité des transports publics peuvent faire de nos villes de véritables territoires partagés.

Sur le même sujet : Pourquoi EELV s’en prend-elle violemment à la gratuité des transports en commun urbains ?

Dans l’Eurométropole de Strasbourg, les deux tiers du coût des transports sont pris en charge par la collectivité et par le versement mobilité des entreprises. La gratuité n’est que la conquête du dernier tiers restant. C’est pour cela que, dans le cadre de la préparation budgétaire, notre association s’est mobilisée devant la préfecture pour demander le déplafonnement du versement mobilité, en l’alignant sur le taux parisien. Cela permettrait de faire entrer dans les caisses de la métropole environ 60 millions d’euros, soit peu ou prou les sommes nécessaires pour financer la gratuité totale du réseau actuel.

Le coût de la gratuité pour toute la France est estimé à 4,4 milliards d’euros par an.

Si la France veut respecter ses engagements environnementaux et réduire la précarité sociale, le développement et la gratuité des transports publics doivent devenir une priorité nationale. Cela nécessitera des investissements et des embauches supplémentaires. C’est pourquoi nous demandons, avec l’Union pour la gratuité et le développement des transports publics (UGDT), la création d’un fonds mobilité par l’État, afin d’aider les collectivités à mettre en place ce changement. Le coût de la gratuité pour toute la France est estimé à 4,4 milliards d’euros par an, soit beaucoup moins que les cadeaux fiscaux dont bénéficient chaque année les plus riches.

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