« ‘Je suis Charlie’ est devenu un slogan-valise, récupéré parfois par des gens mal intentionnés »
Paru il y a quelques jours, le nouvel album d’Aurel, longtemps dessinateur à Politis, aujourd’hui au Canard enchaîné, revient sur l’attentat contre Charlie Hebdo et ce qui a suivi. Mais il souligne l’instrumentalisation qu’en font certains depuis dix ans.

© Joël SAGET / AFP
Pourquoi avoir intitulé Charlie quand ça leur chante votre album, qui paraît au moment des dix ans de l’attentat meurtrier contre les journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo ?
Aurel : Ce titre fait bien sûr référence au slogan, devenu célèbre, « Je suis Charlie », plus qu’au journal directement. Moi-même, je me le suis approprié dans l’immédiateté après l’attentat et, d’un certain point de vue, je continue à l’assumer aujourd’hui. Mais le problème, c’est que ce slogan est depuis devenu une sorte de coquille ou de slogan-valise dans laquelle chacun y met un peu ce qu’il veut. C’est ce que je critique par ce titre Charlie quand ça leur chante : certains, qui se sont approprié le fameux « Je suis Charlie », ne sont pas toujours les mieux intentionnés.
Votre éditeur, Futuropolis, présente votre album ainsi : « Ceci n’est pas un règlement de comptes, c’est un manifeste de dessinateur. » En quoi diriez-vous que c’est un manifeste ?
C’est un manifeste dans le sens où je veux porter à la connaissance quels sont, selon moi, les vrais problèmes rencontrés par les dessinateurs et les dessinatrices. En reprenant la parole à des gens qui parlent en notre nom mais qui connaissent très peu le métier, ou alors en ont une idée très formatée, en en pensant ce qui leur convient d’en penser. Ces gens prennent trop souvent la parole, ou on leur tend trop facilement le micro, alors qu’ils sont rarement les principaux intéressés !
J’en avais assez que l’on vienne sans cesse me rebattre les oreilles avec les questions de liberté d’expression.
Je le dis clairement : j’en avais assez que l’on vienne sans cesse me rebattre les oreilles avec les questions de liberté d’expression, d’autocensure et, sous-entendu, de religion. Je ne nie pas qu’il y ait des problèmes de liberté d’expression avec la religion. Mais le fait de résumer la problématique uniquement à cela, c’est avoir soit de grosses œillères, soit plus souvent un agenda politique et une honnêteté intellectuelle pour le
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