Elon Musk et son salut fasciste

Lors de l’investiture de Donald Trump, Elon Musk a suscité une vive polémique en réalisant un geste de sinistre mémoire. Cet évènement met en lumière les liens entre la rhétorique d’extrême droite et les positions « controversées » du milliardaire. Un épisode qui reflète des tendances alarmantes aux États-Unis.

Maxime Sirvins  • 21 janvier 2025
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Elon Musk et son salut fasciste
Capture d'écran d'Elon Musk lors de la cérémonie d'inauguration de Donald Trump.

Le 20 janvier 2025, lors de l’investiture de Donald Trump en tant que 47ᵉ président des États-Unis, un geste d’Elon Musk, figure controversée de la tech, a fait scandale. Lors de son discours à la Capital One Arena, où il a été nommé à la tête du département à l’efficacité gouvernementale, le milliardaire, après avoir dit « merci d’avoir rendu cela possible » a placé sa main sur son cœur avant de tendre le bras.

Il s’est ensuite retourné vers une autre partie du public, pour recommencer son salut avant de scander : « C’est grâce à vous que l’avenir de la civilisation est assuré ». Un geste qui a massivement choqué dans le camp démocrate, mais aussi sur les réseaux sociaux, provoquant une vague d’indignation.

Influent et bruyant

Un geste qui ne tient en rien du hasard ou de la maladresse, comme le plaident certains Républicains, gênés aux entournures. Car en y regardant de plus près, ce salut semble parfaitement cohérent avec les positions politiques et idéologiques que Musk a adoptées ces dernières années.

Le milliardaire, propriétaire de Tesla, SpaceX, et du réseau social X (anciennement Twitter), s’est progressivement imposé comme l’un des soutiens les plus influents et les plus bruyants de l’extrême droite américaine, et à travers le monde, de Javier Milei en Argentine en passant par Giorgia Meloni en Italie ou l’extrême droite britannique, avec Nigel Farage. En réponse, Elon Musk a répondu à ses détracteurs avec légèreté : « Franchement, ils ont besoin de meilleurs coups bas. L’attaque ‘tout le monde est Hitler’ est tellement usée. »

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Son alignement avec Donald Trump, président symbole d’une Amérique réactionnaire, en dit long. Depuis plusieurs mois, Musk utilise sa plateforme pour amplifier des thèses complotistes et des discours discriminatoires. Il a publié des messages remettant en cause les élections, dénigrant les minorités et minimisant les conséquences du changement climatique – des prises de position qui résonnent avec les idées portées par Trump et son entourage.

Stratégie bien connue

Le salut controversé, que certains défendent comme un « salut romain », s’inscrit dans une tradition de banalisation des symboles fascistes, fréquente dans les sphères d’extrême droite. Cette récupération des codes du nazisme ou du fascisme sous couvert de « malentendu » est une stratégie bien connue pour déstabiliser et tester les limites du tolérable. En 1942, en raison de sa proximité avec le salut hitlérien, le geste est remplacé par le président Franklin D. Roosevelt par le nouveau salut – la main posée sur le cœur – par amendement du Flag Code, le 22 décembre 1942.

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Aujourd’hui, les néo-nazis défilent régulièrement dans le pays légalement, sous couvert de la liberté d’expression, protégée par le premier amendement de la Constitution. En 2023, les États-Unis ont enregistré plus de 12 000 crimes de haine, le nombre le plus élevé depuis le début de la publication de ces données par le FBI en 1991.

Les crimes de haine visant la communauté LGBTQ+ ont également connu une hausse significative. Selon le FBI, 2 838 crimes liés à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre ont été signalés en 2023. En 10 ans, le nombre de crimes de haines contre les personnes transgenres ont été multipliés par dix-sept.

Plus qu’un symbole

Au-delà de ce geste, Musk incarne une vision du monde où le pouvoir prime et sur la vérité et la morale. En démocratisant une parole réactionnaire sur X, il participe activement à une reconfiguration des équilibres politiques mondiaux, donnant une visibilité sans précédent à des idées dépassées et dangereuses.

Ce geste lors de l’investiture de Trump n’est pas un dérapage, mais l’aboutissement logique d’un parcours qui reflète une radicalisation idéologique. Les conséquences d’une telle posture, venant d’un homme au pouvoir économique et médiatique sans limites, doivent nous alerter. Plus qu’un symbole, c’est une mise en garde : le fascisme tente d’avancer masqué, mais ses gestes le trahissent toujours.

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