À Hroza, en Ukraine, les survivants tentent de se reconstruire

Que reste-t-il quand un missile fauche 59 personnes d’un petit village réunies pour l’enterrement d’un soldat ? À Hroza, dans l’est de l’Ukraine, les survivants et les proches des victimes tentent de gérer le traumatisme du 5 octobre 2023.

Pauline Migevant  et  Fiora Garenzi  • 15 janvier 2025 abonné·es
À Hroza, en Ukraine, les survivants tentent de se reconstruire
Valeryi et Lyoubov devant le mémorial aux victimes. En bas à droite, la tombe de leur fille et celle de la mère de Valery.
© Fiora Garenzi

Mykolai se souvient très bien. Le jeudi 5 octobre 2023, en début d’après-midi, il était allongé sur son lit lorsqu’il a entendu le bruit de l’explosion. « Effrayant. » Quand il est sorti de la petite ­maison, il a vu, parmi les débris du café et du centre médical, de la fumée et des corps décapités. Son chien, comme tous ceux du village, aboyait en continu, semblant ne pouvoir s’arrêter.

Ce jour-là, une bonne partie du village enterrait Andriy Kozyr, un soldat mort le 29 mars 2022. Il était arrivé au front trois jours plus tôt. Il était revenu de Pologne, où il vivait avec son fils, pour se battre après l’invasion du 24 février. Son fils, Denys, souhaitait l’enterrer dans son village natal. Il avait fallu attendre que Hroza, occupée dès les premiers jours de la guerre, soit libérée en septembre 2022 et que Denys soit démobilisé pour exhumer le corps et enfin l’enterrer au village.

Un missile et c’est tout. 59 personnes sont mortes. Surtout des personnes âgées. Et même un enfant de 8 ans.

Mykolai

Pendant l’enterrement, trois soldats et deux officiers lui avaient rendu hommage par un salut militaire. Puis une soixantaine d’autres convives s’étaient dirigés vers le Sputnik, le café-magasin du village. Ils se sont assis à 5 ou 6 autour de chaque table, ils ont commandé du bortsch. Ils ont bu un premier puis un deuxième shot de Samahon, de l’eau-de-vie maison. Ils allaient prendre le 3e shot, comme le veut la tradition, quand le missile a frappé le café, vers 13 h 20.

Mykolai soupire. « Un missile et c’est tout. 59 personnes sont mortes. Surtout des personnes âgées. Et même un enfant de 8 ans. » L’enfant, Ivan Kozyr, était le neveu d’Andriy, le soldat. Ni sa femme, ni son fils, ni sa fille, ni ses beaux-parents, ni aucun des 18 membres de sa famille réunis ce jour-là n’ont survécu.

« Mal à l’âme »

Au milieu de la dalle refaite à l’emplacement exact du café, un mémorial en marbre noir. Des fleurs recouvertes de neige masquent certains des 59 noms gravés sur le monument. Au-dessus des noms, un éléphant en peluche a été accroché à la lettre « R » de « Hroza », qui veut dire « orage » en

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