Zuckerberg, Musk : la tech à droite toute !

Mark Zuckerberg, dirigeant de Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp) annonce un virage de modération suivant le modèle de Musk sur X. Ce tournant libertarien rapproche toujours plus les géants de la tech de l’extrême droite. Une dérive qui fragilise la démocratie et amplifie les discours haineux face à une Union européenne prête à riposter.

Maxime Sirvins  • 10 janvier 2025 abonné·es
Zuckerberg, Musk :  la tech à droite toute !

Mark Zuckerberg vient d'annoncer, dans une vidéo, un tournant stratégique majeur pour Meta, le groupe propriétaire de Facebook, Instagram et WhatsApp qu'il dirige : la suppression du programme de fact-checking (1) au profit d'un système de « notes communautaires », inspiré du modèle d'Elon Musk sur X (ex-Twitter). Ce système permet aux utilisateurs d’ajouter des informations à des messages jugés trompeurs ou véhiculant des fausses informations.

Cette décision s'accompagne d'un assouplissement important des règles de modération, notamment sur des sujets comme le genre. Présentés comme un retour aux « racines de la liberté d’expression », ils s'inscrivent dans un contexte de rapprochement croissant entre les plateformes numériques et des figures politiques comme Donald Trump.

Trump, Musk et Zuckerberg : une rhétorique commune

Elon Musk, Donald Trump et Mark Zuckerberg ont adopté une rhétorique commune autour de la liberté d'expression. Présentée comme un principe fondamental, cette liberté s'accompagne d'une tolérance accrue envers des contenus haineux. Par exemple, les récentes modifications des règles de modération de Meta permettent des propos stigmatisants à l’égard des minorités de genre ou sexuelles, sous prétexte de refléter les débats politiques et religieux.

Nous autorisons les allégations de maladie mentale ou d’anomalie lorsqu’elles sont fondées sur le sexe ou l’orientation sexuelle

C’est dans ce sens que des changements discrets ont été effectués au sein de la politique de Meta sur sa gestion des comportements haineux aux États-Unis. La phrase « Nous autorisons les allégations de maladie mentale ou d’anomalie lorsqu’elles sont fondées sur le sexe ou l’orientation sexuelle » est désormais mentionnée. Il sera dorénavant possible d’utiliser un « langage insultant » concernant les débats sur les « droits des transgenres, de l’immigration ou de l’homosexualité ». Dire qu’une femme n’a pas sa place dans l’armée ou qu’une personne trans ne devrait pas travailler dans l’enseignement est dorénavant tout à fait autorisé sous couvert de « liberté d’expression ». « Nos politiques sont conçues pour laisser une place à ce type de discours », explique Meta.

D’autres parties ont été supprimées. Dans la section des discours déshumanisants non autorisés, plusieurs lignes ont disparu. Des expressions telles que « certains objets (les femmes en tant qu’objets ménagers ou biens ou objets en général ; les Noirs en tant qu’équipement agricole ; les personnes transgenres ou non binaires en tant que « ça ») », semble, par exemple, désormais tolérées.

Une vision libertarienne de la liberté d'expression

Dans sa vidéo explicative, Mark Zuckerberg a justifié ces changements par un besoin de simplifier les politiques de contenu et de réduire les erreurs de modération. En réalité, ce virage aligne Meta sur la vision de Musk et les intérêts de l’administration Trump. Tous les deux critiquent les régulations qu'ils considèrent comme une forme de censure. Ces figures revendiquent une opposition commune aux efforts des gouvernements pour réguler les discours en ligne.

Pour eux, la « liberté d'expression » doit primer, même au risque d'amplifier des discours haineux. L’abolition des partenariats avec les médias de fact-checking renforce cette orientation. Avec les « notes de la communauté », déjà présentes sur X, ce sont les utilisateurs qui jugent de la véracité d’une information et non des professionnels. Mises en place dès 2021 et généralisées depuis 2023, ces notes sont souvent des lieux de batailles politiques et militantes sur X où l’utilisateur devient modérateur à sa façon.

L'utilisation quotidienne moyenne globale de mots-clés haineux a presque doublé.

Pour preuve, six mois après le rachat de Twitter par Elon Musk, des chercheurs dévoilaient « que l'utilisation quotidienne moyenne globale de mots-clés haineux a presque doublé ». Une autre étude publiée fin 2024 par le Centre de lutte contre la haine en ligne (CCDH) montre que Elon Musk a publié des déclarations fausses ou trompeuses sur l'élection présidentielle américaine entre le 1er janvier et le 23 octobre 2024, avec deux milliards de vues.

Le ralliement à Trump

Le rapprochement entre Meta et le discours de Trump illustre une tendance plus large d’alliance entre les géants de la tech avec des leaders politiques

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