Gaza, le retour dans les ruines
Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu entre Israël et le Hamas fin janvier, près de 400 000 Palestiniens sont rentrés chez eux, dans le Nord, selon l’ONU. Des familles entières qui, après quinze mois de guerre d’une violence extrême, sont à nouveau plongées dans un désastre humanitaire.
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Des jours et des jours qu’ils attendaient ce moment : celui où ils pourraient enfin retrouver le nord de Gaza. Les images aériennes de la foule, compacte, sur une route qui manque de s’effondrer donnent l’impression d’une longue colonne humaine qui s’étend à perte de vue. D’un côté, la mer Méditerranée ; de l’autre, un paysage de bâtiments détruits, de terrains rasés au bulldozer. Des combattants du Hamas, perchés sur des morceaux de béton, supervisent parfois des portions de la route, armes automatiques en bandoulière : une manière pour le mouvement islamiste de montrer qu’il conserve encore une partie du pouvoir dans la bande de Gaza, malgré les promesses israéliennes de l’éradiquer.
Pour la première fois, j’ai revu de l’espoir dans les yeux des gens !
M. EyadCe voyage vers le nord est interminable. Beaucoup de Palestiniens marchent depuis des heures, avec sur le dos des matelas, des sacs ou ce qu’ils ont pu sauver. Certaines femmes portent un enfant dans les bras, un autre installé dans une poussette. D’autres aident des personnes âgées ou des blessés sur des fauteuils roulants. Parfois, ce sont des voitures à la carrosserie à moitié défoncée qui tentent de se frayer un chemin. Au milieu de cette marée humaine, un jeune homme serre son chat contre lui. Et sur les visages, la joie se fait sentir.
« C’est un sentiment inexplicable », écrit Mahmoud Eyad dans un message WhatsApp. Le Gazaoui s’est levé aux aurores pour tenter d’éviter la foule. « Pour la première fois, j’ai revu de l’espoir dans les yeux des gens ! » Dans certaines villes comme Deir al-Balah, qui concentrait le plus grand nombre de déplacés de la ville de Gaza, l’afflux de personnes a créé des embouteillages de piétons dans les rues. Les chanceux ont dépensé leurs dernières économies pour louer un van ou mettre leurs affaires sur une charrette tirée par un âne.
Pour beaucoup de Gazaouis, rentrer dans le Nord signifie aussi retrouver les membres de leur famille ou des proches qui ont refusé de suivre les multiples ordres d’évacuation de l’armée israélienne vers le sud de l’enclave. « Je vais enfin enlacer ma mère, confie Hind Hinawi, 42 ans, une infirmière, lors d’un appel téléphonique, voix fluette, visiblement à fleur de peau. Elle est âgée et elle avait décidé qu’elle ne partirait pas car elle ne pouvait pas beaucoup marcher. Penser au moment où je vais la revoir, c’est indescriptible. »
Parfois, les retrouvailles ont eu lieu à mi-chemin, sur la route du corridor de Netzarim, dès la réouverture. Une zone délaissée par les soldats israéliens qui, encore quelques heures plus tôt,
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