Violences intrafamiliales : comment les expertises psy protègent les agresseurs

Demandés par les juges en matière de violences conjugales, ces documents sont pourtant contestés pour leur absence de méthode scientifique et leurs biais sexistes. Ils pénalisent très souvent la mère et/ou l’enfant, même lorsque des violences sont dénoncées.

Hugo Boursier  • 19 février 2025 abonné·es
Violences intrafamiliales : comment les expertises psy protègent les agresseurs
© Stefano Pollio / Unsplash

Mise en garde : Cet article fait état de violences sexuelles et notamment intrafamiliales.

Quelques lignes, des mots jargonneux et, en fin de compte, un enfant placé dans une famille d’accueil, voire chez le parent violent. En France, dans la justice pénale pour des affaires de violences conjugales ou au civil pour les procédures de divorce, les expertises psychologiques ont un poids stratégique. Les magistrats les demandent et s’y réfèrent. Elles complètent leur appréhension du dossier sur un volet pour lequel ils ne sont pas formés ou très peu : le fonctionnement psychologique des individus.

Auréolés de cette place centrale dans le système judiciaire, ces experts-psychologues, agréés par les cours d’appel, n’hésitent pas à manier formules alambiquées et effets de manche. Pire : leurs analyses sont souvent traversées par des biais sexistes, sans fondements scientifiques, invitant à comprendre un père « protecteur » face à une mère « hystérique ». Y compris lorsque ce dernier est visé par des plaintes pour violences sur la conjointe ou d’inceste sur l’enfant.

"L'expert fait ce qu'il veut"

Un résumé manichéen de leur activité ? Pas tellement, au vu des nombreux documents et des situations concrètes qui ont été rapportés à Politis. Depuis de longues années, ces expertises psychologiques sont contestées. Par les premières personnes concernées, les femmes victimes de violences ou témoin de violences sur leur enfant, déjà. Mais aussi par plusieurs acteurs du monde judiciaire, ou d’autres psychologues, pointés du doigt par le reste de la profession pour leur regard critique. « L’expert fait ce qu’il veut, et le droit ne prévoit aucun dispositif pour évaluer la fiabilité de son travail », dénonce le psychologue, Mickaël Morlet-Rivelli, concerné par cette mise au ban professionnel.

Des noms d’experts reconnus commencent à être éclaboussés par ces protestations. Le 18 février, la chambre disciplinaire de la première instance de l’Ordre des médecins examine la plainte par quatre associations spécialisées dans la protection de l’enfance contre Paul Bensussan pour manquements déontologiques. L’expert-psychiatre Roland Coutanceau est, lui, visé par trois plaintes, et Franck Moquin, un autre expert, par deux procédures, comme le racontait Mediapart en septembre 2023.

Léa* a subi les frais d’un autre psychologue. Le 21 juin 2024, elle reçoit l’expertise ordonnée par le juge des affaires familiales dans un contexte de violences intrafamiliales. Le document rapporte les propos du père, de la mère, les conclusions respectives du thérapeute, puis l’observation de Théo*, leur enfant, présent avec son père au rendez-vous et âgé alors 3 ans. « Monsieur ne présente pas de troubles du comportement ni de profil psychopathique particulier. Il se montre assez courtois et apaisé dans la relation et les échanges », note le psychologue clinicien. Rien à voir avec ce qu’il pense discerner chez Léa. Il suspecte qu’elle serait atteinte d’« un trouble de la personnalité ». Une « hypothèse renforcée par l’inflation victimaire » dont elle serait emprise, ajoute-t-il.

Cette « inflation » serait « nourrie, poursuit le document, imaginairement à partir d’éléments interprétés de manière inappropriée et excessive ». Il y aurait chez elle « une hyperactivité en direction des instances médicales et judiciaires autour d’une prétendue maltraitance de l’enfant par son père », conclut-il. Une femme instable qui affabule face à un homme « très affectueux et très attentif » avec son enfant. Le décor est planté. Binaire. Comme si la plainte déposée le 11 mars 2023 pour violences commises contre Léa et Théo n’existait pas. Tout comme celle du 12 avril 2024 pour violences psychologiques sur Théo.

Il a mis deux fois Théo en danger de mort.

Léa

Dans la première, classée sans suite, Léa dénonce des violences d'un compagnon

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