Les multiples fronts engagés pour protéger l’eau potable
Les études et rapports se multiplient pour dénoncer l’état de la qualité de l’eau potable. Face au mutisme et dérobades du gouvernement, des batailles militantes, juridiques et législatives se coordonnent.

© Michel Soudais
Pollution plastique ou pollution aux pesticides, votre eau, vous la préférez assaisonnée à quoi ? C'est à ce dilemme que nous faisons face en France, entre l'eau en bouteille ou l'eau qui coule depuis nos robinets. Si le choix d'acheter de l'eau en packs appartient à chacun, la responsabilité de proposer de l'eau potable à tous les Français, elle, revient aux pouvoirs publics. Il s'agit d'un droit garanti concrètement dans la législation depuis 2006 : « Chaque personne physique, pour son alimentation et son hygiène, a le droit d'accéder à l'eau potable dans des conditions économiquement acceptables par tous. »
La trouble transparence de l’eauMais de quelle eau potable parle-t-on ? En 2023, plus de 25 % de la population a bu une eau contaminée aux pesticides et à leurs métabolites (dérivés), selon le bilan du ministère de la Santé publié en décembre. Une proportion qui ne cesse de se détériorer. En 2020, seule 5,9 % de la population était concernée.
Parmi les autres chiffres qui font bondir : 97 % des stations de contrôle sont contaminées par des pesticides et métabolites, selon une enquête publiée l'an dernier par un consortium de médias européens, dont Le Monde. Sans oublier la présence des polluants éternels. En janvier, l'association Générations futures et UFC-Que Choisir révélaient la présence de polluants éternels dans l’eau du robinet de 96 % des communes testées.
La France s'améliore sur le constat, mais toujours pas sur les solutions.
Plus globalement, un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales, du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux et de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable concluait en juin 2024 à « l’échec global de la préservation de la qualité des ressources en eau pour ce qui concerne les pesticides ». Un document commandé par leur ministère de tutelle, qui ne l'ont rendu public que quelques mois plus tard... sous la pression d'une révélation par la presse, chez Contexte.
Toutes ces révélations troublent la transparence de l'eau. Deux raisons donnent lieu à ces chiffres inquiétants : l'usage des pesticides et des polluants éternels, qui ne recule pas ; mais aussi des recherches plus approfondies de leur présence dans l'eau. Ainsi, la France s'améliore sur le constat, mais toujours pas sur les solutions.
Les différents fronts d’une batailleC'est à cet enjeu que cherchent à répondre actuellement plusieurs acteurs, à travers une bataille menée sur différents fronts. Sur le plan législatif d'une part. Le 20 février, le député écologiste Jean-Claude Raux comptait présenter devant l'Assemblée nationale sa proposition de loi « visant à protéger durablement la qualité de l'eau potable ». Validée en commission du développement durable et de l'aménagement du territoire en décembre, elle était proposée lors de la niche parlementaire du groupe écologiste.
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