Pedro Sánchez, le « renard » de la politique espagnole
Depuis son arrivée dans les hautes fonctions du parti de centre gauche, l’actuel président du gouvernement d’Espagne a toujours fait preuve d’une adaptabilité redoutable. Mais cette habileté, clé de son maintien jusqu’à présent dans un exécutif sans majorité absolue, pourrait être aussi la cause de sa chute.
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© NICOLAS TUCAT / AFP
"ll sait s’adapter à la conjoncture politique", "opportuniste", "sa parole a une valeur relative". La flexibilité est le trait principal du style politique de Pedro Sánchez, selon l’avis unanime des analystes, des membres de son parti et de ses rivaux. Pablo Simón, professeur de science politique à l’université Carlos-III de Madrid, l’explique ainsi : « Il existe deux archétypes politiques. Le hérisson est solide, inflexible. Le renard, lui, s’adapte aux circonstances changeantes. Sánchez est plus renard que hérisson, il sait très bien lire le moment politique et connaît l’importance de rester en mouvement. »
Cette adaptabilité a donné à la carrière politique du président espagnol un caractère vertigineux, marqué par des rebondissements et des moments dramatiques, dignes des meilleures séries télévisées. Ses premières années à la tête du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) annonçaient déjà la course d’obstacles qui l’attendait.
Après les élections générales de 2016, qui ont acté la fin du bipartisme avec l’entrée au Parlement de Podemos et de Ciudadanos, Sánchez, alors secrétaire général du PSOE, a déclaré « non, c’est non » à un éventuel pacte avec le Parti populaire (PP). « L’establishment a monté une grande opération d’État, qui a conduit à un coup d’État interne », explique Sato Díaz, responsable de la politique au journal Público. Sánchez a été évincé de la direction du PSOE par l’appareil du parti. Avant de remporter, l’année suivante, les primaires et de signer un retour triomphal.
C’est le roi des équilibres. Parfois, il prend une décision, puis son contraire peu de temps après.
L. VerstryngeSon arrivée à la présidence du gouvernement n’a pas non plus été conventionnelle. Il y est parvenu en 2018 grâce à une motion de censure contre le conservateur Mariano Rajoy, éclaboussé par de graves affaires de corruption. Avec l’aide discrète du leader de Podemos de l’époque, Pablo Iglesias, Sánchez a su rallier le soutien des partis progressistes espagnols, mais aussi des forces nationalistes catalanes, galiciennes et basques, de gauche comme de droite. « Il est conscient qu’aujourd’hui la politique consiste à parvenir à des accords », explique Sato Díaz.
La nouvelle ère de fragmentation parlementaire, inaugurée en 2016, a conduit Sánchez à une autre situation inédite : la formation du premier gouvernement de coalition depuis la fin de la dictature franquiste, dans les années 1970. En septembre 2019, Sánchez – qui avait remporté les élections générales en avril de la même année avec une majorité relative – affirmait qu’il ne « dormirait pas tranquillement » avec Podemos au Conseil des ministres. Deux mois plus tard, il signait pourtant un accord avec Pablo Iglesias, donnant au parti anti-austérité la première vice-présidence et quatre ministères.
Instabilité à gauche« C’est le roi des équilibres. Parfois, il prend une décision, puis son contraire peu de temps après », argumente Lilith Verstrynge, ancienne conseillère d’Iglesias avant de devenir secrétaire d’État dans le gouvernement de coalition. C’est cet exécutif qui a dû affronter, à peine quelques semaines après sa formation, la pandémie de covid-19.
Le fier Parti socialiste – habitué à gouverner avec une majorité absolue ou grâce à des accords ponctuels avec d’autres formations – a dû s’adapter à une négociation permanente, tant au sein du
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