En Syrie, les femmes poursuivent leur révolution

Quatorze ans après le soulèvement contre Bachar Al-Assad, suivi d’années d’une violence incommensurable, le pays est désormais libéré de la tyrannie. Une révolution au cœur de laquelle les femmes ont joué un rôle essentiel. Dans la nouvelle Syrie, leur combat pour la liberté continue.

Céline Martelet  et  Noé Pignède  • 10 mars 2025 abonné·es
En Syrie, les femmes poursuivent leur révolution
Malek et Tasmeen, devant une fresque à Damas à laquelle elles ont participé.
© Arthur Sarradin

Sous un immense pont de Damas, une fresque recouvre désormais tout un mur. Ses couleurs vives apportent un peu de lumière et de douceur dans une capitale grise qui fourmille depuis la chute du régime, il y a trois mois. En se tenant par le bras, deux jeunes Syriennes dévalent les escaliers pour l’admirer. « Au centre, c’est une île qui émerge de l’océan, parce qu’avant on se noyait. Nous voulions ainsi représenter le sentiment de notre peuple depuis la libération, lance Malak, 21 ans.C’est comme si nous respirions pour la première fois.»

Maintenant que j’ai goûté à cette liberté, elle n’est plus négociable !

Malak

Membre du collectif BNA-Arts, l’étudiante en architecture a participé à la création de cette fresque. Au milieu, trône le nouveau drapeau syrien aux trois étoiles rouges et plusieurs colombes posées sur des branches d’oliviers. « Maintenant, nous voulons la paix, sourit Tasneem, 20 ans. On n’aurait jamais pu faire cette peinture sous Bachar, c’était interdit. Avant, la révolution était dans ma tête, et pour être honnête, j’avais même peur d’y penser. Nous étions espionnés, les murs avaient des oreilles !» Aujourd’hui, ces murs offrent aux deux artistes un espace pour s’exprimer.

Au moment du déclenchement de la révolution, Tasneem et Malak étaient encore des enfants. Elles ont toujours vécu à Damas, loin des bombardements. Mais, en silence, un puissant désir de liberté a germé en elles. Quelques jours après la chute du régime Assad, comme des milliers de femmes syriennes, ces étudiantes sont, pour la première fois de leur vie, descendues dans la rue. « Maintenant que j’ai goûté à cette liberté, elle n’est plus négociable !, lance Malak dans un éclat de rire. Il y a quatorze ans, j’étais trop jeune pour lutter, mais aujourd’hui, si une nouvelle révolte émergeait pour défendre nos droits, je suivrais l’exemple des premières activistes. »

Des femmes au cœur de la révolte

Dès le début des soulèvements en mars 2011, les Syriennes ont été en première ligne des manifestations, défiant elles aussi les forces de sécurité, malgré la répression aveugle. Des milliers d’entre elles ont été arrêtées et ont disparu dans les prisons d’Assad. Celles qui en sont sorties peinent à raconter l’horreur. Selon plusieurs ONG, elles y ont systématiquement subi des viols. Des crimes parfois filmés par leurs tortionnaires pour être ensuite envoyés à leurs familles. « Dans ces geôles, leurs corps ne leur appartiennent plus », écrivent en 2017 les auteurs d’un rapport publié par l’ONG Lawyers and Doctors for Human Rights.

La vie est encore difficile ici, mais c’est le prix de la liberté.

Ahmed

Zouhour, 29 ans, a échappé de justesse à l’enfer de ce système concentrationnaire. Arrêtée par le régime en juin 2023, la jeune femme a réussi à mentir sur son identité. « Ils m’ont interrogée pendant des heures sur ma vie, sur ma famille, sur mes contacts … mais je leur ai raconté une autre histoire. Les moukhabarats [services de renseignements, N.D.L.R.] avaient les noms de mon frère et de mon père, mais j’ai prétendu ne pas les

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Monde
Publié dans le dossier
Quelle Syrie demain ?
Temps de lecture : 9 minutes

Pour aller plus loin…

Ukrainiens en Pologne : de l’hospitalité à l’hostilité
Reportage 13 mai 2026 abonné·es

Ukrainiens en Pologne : de l’hospitalité à l’hostilité

Au moment de l’invasion russe en Ukraine, nombre de familles ont trouvé accueil et protection chez le voisin polonais. Quatre ans après, la situation a changé. Les aides sociales ont été supprimées, les violences sont en hausse, les discours xénophobes et la haine en ligne progressent
Par Maël Galisson
À Kerkennah, en Tunisie, le soupçon migratoire pénalise la population
Monde 7 mai 2026 abonné·es

À Kerkennah, en Tunisie, le soupçon migratoire pénalise la population

Dans l’archipel tunisien, les contrôles de la garde nationale pour empêcher l’émigration clandestine se sont intensifiés depuis 2017. Un dispositif sécuritaire qui entrave la liberté de circuler des habitants et complique les conditions de travail des pêcheurs, déjà dégradées par la pêche illégale.
Par Nadia Addezio
« La gauche ne peut pas abandonner. Nous avons le devoir de gagner »
Entretien 4 mai 2026 abonné·es

« La gauche ne peut pas abandonner. Nous avons le devoir de gagner »

Deux continents, un combat. L’une, Janette Zahia Corcelius, résiste aux raid de l’ICE, la police anti-immigration de Trump. L’autre, Anzoumane Sissoko, lutte pour la régularisation des étrangers depuis vingt-quatre ans. Une rencontre pour penser la résistance transatlantique contre l’autoritarisme et les répressions anti-migratoires.
Par Juliette Heinzlef et Maxime Sirvins
Réfugiés afghans : « Je veux la liberté, vivre comme un être humain normal »
Enquête 30 avril 2026 abonné·es

Réfugiés afghans : « Je veux la liberté, vivre comme un être humain normal »

Journalistes, personnes LGBTQ+, femmes, enfants : des Afghan·es menacé·es par les talibans témoignent de leur abandon par la France.
Par Ana Pich