Se doter d’une armée quand les fascismes soufflent fort ?

Alors que la guerre couve depuis des décennies, que l’extrême droite gagne du terrain partout sur le Vieux Continent, l’Union européenne semble découvrir qu’elle n’est guère plus qu’un marché. Et elle se rêve, un peu tard, en Europe de la défense. Attention, danger ?

Pablo Pillaud-Vivien  • 7 mars 2025
Partager :
Se doter d’une armée quand les fascismes soufflent fort ?
© Clovis Wood / Unsplash

Emmanuel Macron l’a dit une nouvelle fois mercredi soir, face à la menace russe et au revirement états-unien, il faut agir rapidement « en Européens ». Pourtant, la donne politique sur notre continent a de quoi poser de sérieuses questions quant à la construction d’une défense commune. Entre les États dirigés par l’extrême droite, comme l’Italie ou la Hongrie, et la puissance de la dynamique fasciste dans les autres pays, la création d’une force armée qui nous réunirait peut même inquiéter. C’est cette inquiétude que nous avons posée à des politiques de gauche de France et d’Italie et au philosophe Étienne Balibar.

Sur le même sujet : Ukraine, Gaza : l’Europe face à son destin

À dire vrai, notre angoisse n’a rencontré que peu d’écho. Chacun renouvelle ses convictions. Ceux qui, à gauche, veulent avancer dans une intégration plus grande de l’Europe veulent croire que la création d’une armée commune et son corollaire, une politique internationale partagée, est de nature à souder les Européens et à contenir la poussée d’extrême droite. À ces Européens convaincus, on fera remarquer que cela n’est jamais advenu. Il faut s’interroger sur ce point.

L’opposition à la Russie de Vladimir Poutine qui nous unit largement ne suffit pas à déterminer une politique commune de défense.

Si l’Union européenne ne s’est jamais dotée d’une armée, ce n’est pas parce que les États membres qui la composent sont antimilitaristes, mais parce que jamais une direction commune n’a réussi à voir le jour. L’opposition à la Russie de Vladimir Poutine qui nous unit largement ne suffit pas à déterminer une politique commune de défense en de larges points et pour longtemps. Des dynamiques convergentes, largement sous influence néolibérales, ont réussi à instaurer un espace de libre-échange et un marché commun ; le mouvement ouvrier et les forces progressistes ont réussi à conquérir quelques droits sociaux ; d’autres à élargir l’espace du droit. Mais pas davantage – et surtout ni politique étrangère commune ni armée européenne. Ces objections massives et objectives demeurent. Vouloir n’est pas toujours pouvoir. 

Sur le même sujet : Le nécessaire aggiornamento de la gauche

Une autre partie de la gauche pense que la médiocrité des politiques sociales et écologiques européennes est un carburant pour l’extrême droite. Ils ne voient pas dans cette intégration nouvelle, au travers d’une armée, une solution pour bloquer l’extrême droite et en nourrissent dès lors de vives inquiétudes. À ceux-là nous pouvons dire que la question n’est pas pour ailleurs. Les idées de l’extrême droite se nourrissent d’une légitime peur de la guerre et d’égoïsmes dangereux. Les idées d’extrême droite ne reculeront pas du fait d’un retrait des affaires du monde. Ajoutons que la dissuasion nucléaire dans les mains du Rassemblement national a de quoi effrayer.
 
Nos nuits seront courtes…

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous
Publié dans
Parti pris

L’actualité vous fait parfois enrager ? Nous aussi. Ce parti pris de la rédaction délaisse la neutralité journalistique pour le vitriol. Et parfois pour l’éloge et l’espoir. C’est juste plus rare.

Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Se mêler de la primaire « de la gauche et des écologistes »
Parti pris • 23 septembre 2026

Se mêler de la primaire « de la gauche et des écologistes »

Ce 23 septembre a lieu le premier débat de la primaire sociale-démocrate sur LCI. Règles restrictives et participation attendue en net recul par rapport à 2011 : le scrutin prête le flanc à la critique. Mais s’en détourner, c’est laisser quelques dizaines de milliers de personnes décider seules de la ligne d’une partie de la gauche, notamment face à Mélenchon.
Par Pierre Jacquemain
Qui nourrit la colère ?
Parti pris • 15 septembre 2026

Qui nourrit la colère ?

Austérité, pouvoir d’achat en berne, services publics sacrifiés : les ingrédients d’une nouvelle colère sociale sont réunis. Face à cette offensive, la gauche doit proposer une alternative crédible et démasquer les choix du RN : protéger les plus riches, faire payer les plus modestes.
Par Pierre Jacquemain
Europe : les fascistes dans les rues et dans les urnes
Parti pris • 7 septembre 2026

Europe : les fascistes dans les rues et dans les urnes

En Allemagne, en Espagne, au Portugal, au Royaume-Uni ou en France, l’extrême droite gagne du terrain. Une progression qui, de scrutin en mobilisation, fait dangereusement vaciller les digues démocratiques européennes.
Par Olivier Doubre
Radio France : sous couvert de « pluralisme », Sibyle Veil met en danger les cibles favorites de l’extrême droite
Parti pris • 4 septembre 2026

Radio France : sous couvert de « pluralisme », Sibyle Veil met en danger les cibles favorites de l’extrême droite

En résumant le discours de Valeurs actuelles – dont le directeur adjoint de la rédaction, Charles Sapin, intègre France Inter en septembre – à une « sensibilité » quelconque, la PDG de Radio France assume de poursuivre la banalisation de l’extrême droite et de prolonger les souffrances des victimes qu’elle attaque au quotidien.
Par Hugo Boursier