Port du voile dans le sport : François Bayrou prend le parti de ses ministres les plus droitiers

En donnant le point au trio Darmanin-Retailleau-Bergé sur la question, au cours d’une réunion convoquée en urgence, le premier ministre alimente la rhétorique islamophobe en vogue.

Nils Wilcke  • 19 mars 2025 abonné·es
Port du voile dans le sport : François Bayrou prend le parti de ses ministres les plus droitiers
François Bayrou lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 18 mars 2025.
© Thomas SAMSON / AFP

Promis, juré, François Bayrou veut « poser les vrais problèmes fondamentaux ». C'est en tous cas ce qu'affirmait le premier ministre sur France Info le 16 mars dernier. Mais alors, pourquoi cette convocation en urgence mardi 18 mars de plusieurs de ses ministres, dont Bruno Retailleau (Intérieur), Gérald Darmanin (Justice), Élisabeth Borne (Éducation nationale), Marie Barsacq (Sports) et Aurore Bergé (Égalité hommes femmes) ? (1) L’objet de cette réunion : ni le budget ou le déficit abyssal de la nation, le scandale Bétharram qui affaiblit le premier ministre ou encore la « menace russe » agitée par Emmanuel Macron, son gouvernement et toute la Macronie.

Non, cette réunion se tenait pour faire une « mise au point », selon l’entourage de François Bayrou, sur l’interdiction du port du voile dans les compétitions sportives. En effet, plusieurs fédérations sportives, comme celle du basket et du football, ont déjà banni le port de tenues religieuses de leurs compétitions et l'indiquent dans leur règlement intérieur. Mais ce n'est en rien une obligation légale. D'ailleurs, ces dispositions vont à l'encontre du droit international et sont discriminantes pour de nombreuses femmes musulmanes, selon un rapport d'Amnesty International, publié avant les Jeux olympiques de Paris. 

Gérald Darmanin avait agité la menace d'une démission si le gouvernement revenait sur la proposition de loi adoptée du sénateur Michel Savin (Les Républicains) par le Sénat au cours de houleux débats le 18 janvier dernier, visant à généraliser l'interdiction du port du voile dans le sport. « La solidarité gouvernementale doit être préservée, s'est agacé le premier ministre, selon nos informations. Si l'un d'entre vous a un problème, il peut démissionner », a ajouté celui qui est aussi le maire de Pau.

Pour quel résultat ? « La composition du gouvernement reste inchangée pour l'instant comme vous pouvez le constater », ironise une source ministérielle. L'entourage du bouillant ministre de la Justice fait d'ailleurs baisser la tension :  « Le premier ministre a rappelé que le port du voile n'était pas autorisé dans les compétitions sportives. Il n'y a donc pas de sujet », balaye un proche. D’ailleurs, Gérald Darmanin n’aurait jamais eu l’intention de démissionner, « il ne faisait que répondre à la question d’un journaliste sur la position du gouvernement en matière de religion dans le sport », assure notre source, avec un brin de mauvaise foi. 

C’est encore une polémique

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