En Cisjordanie occupée, la vie clandestine des habitants de Jinba
Depuis le 7-Octobre, colons et gouvernement israélien redoublent d’intensité pour faire partir les familles qui vivent à Jimba, village palestinien de Cisjordanie occupée. Face aux attaques armées et aux démolitions de leurs maisons, les familles de ce village de la vallée de Masafer Yatta comptent bien rester sur leurs terres.
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© Nicolas Cortes
Après cinq minutes d’une route sinueuse, une inscription se révèle sur un bloc de béton : « Zone de tir ». Dans un nuage de poussière, le pick-up continue sa route parmi les rochers, dans cette zone semi-désertique de l’extrême sud de la Cisjordanie occupée. À dos d’ânes, deux colons israéliens remontent le sentier en longeant la voiture. Ce 2 avril, sous un soleil à son zénith, apparaît à flanc de collines le village de Jinba. Dans la vallée de Masafer Yatta, en contrebas de la colonie illégale de Mitzpe Yaïr, Jinba est l’un des douze villages concernés par de multiples ordres de démolition, depuis qu’Israël a transformé la région en zone militaire en 1981.
Vendredi 28 mars, à quelques jours de la fin du Ramadan, il est à peine neuf heures du matin lorsqu’une quinzaine de colons s’en prennent à des bergers, à quelques centaines de mètres de la maison de Goussai, avant de se diriger vers lui. Assis sur un frêle muret de pierres, le jeune garçon de 17 ans aux yeux d’un bleu perçant se refait le fil de sa journée. « Le vendredi, à l’heure habituelle de la prière, je suis sorti pour aller prier quand j’ai vu des colons courir vers moi, les visages masqués, armés de bâtons et de gros cailloux. À peine ai-je eu le temps d’aller prévenir mon père, dans la maison, qu’ils ont fondu sur moi », se remémore Goussai.
De ce violent assaut, le gamin porte les marques. Le bras droit dans le plâtre, des hématomes sur tout le corps et des cicatrices à la tête. Son père, Aziz, a lui aussi subi le déchaînement des colons. Goussai montre les traces de sang séché sur le sol. Frappé au crâne à coups de pierres, Aziz a désormais une dizaine d’agrafes sur la tête et un large bandage blanc lui barre le front. Les deux blessés attendront une ambulance pendant trois heures. Jafar, un proche, est arrêté dans le véhicule de secours. Youssef, venu du village voisin pour observer, est arrêté également. Les militaires lui serrent fort le bras, au bout duquel manque sa main, arrachée il y a quelques années par une grenade de l’armée israélienne.
Depuis que je suis né, nous sommes régulièrement attaqués par l’armée ou par les colons.
MoussaAssis à côté de Goussai, Moussa, 70 ans, ne saurait remonter l’historique de ces attaques sur les habitants du village de Jinba.
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