« J’essayais de faire au mieux, sans penser aux conséquences pour moi »

Martine a travaillé toute sa carrière comme aide-soignante à l’hôpital de Saint-Avold en Moselle. En 2016, on lui diagnostique un cancer de sein. En décembre 2024, sa maladie a été reconnue d’origine professionnelle après un long combat. Elle raconte.

Pierre Jequier-Zalc  • 2 avril 2025 abonné·es
« J’essayais de faire au mieux, sans penser aux conséquences pour moi »
Unité d'imagerie médicale de l'hôpital Saint Camille de Bry-sur-Marne, en 2023.
© Aline Morcillo / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

"Notre pays tient, tout entier, sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal. » Martine fait partie de ces travailleuses « essentielles » qu’Emmanuel Macron mettait en avant, le temps d’une allocution, durant la pandémie de covid-19. Aide-soignante à l’hôpital de Saint-Avold depuis 1981, elle a travaillé au sein du service de réanimation, dans lequel elle a été exposée aux rayonnements ionisants. « Tous les jours ou presque, on faisait passer des examens aux patients, sans aucune protection », glisse-t-elle. Et elle y a travaillé 1 112 nuits sur plus de 30 années à l’hôpital.

En 2016, on lui diagnostique un cancer du sein. Elle a alors 58 ans. Sur le coup, la possibilité que son travail soit à l’origine de sa maladie ne lui traverse même pas l’esprit. « Je ne savais tout simplement pas que j’avais été exposée à des facteurs de risque. Personne ne nous en a jamais parlé. » Trois ans après le diagnostic, et alors qu’elle a repris le travail, une collègue lui transmet un questionnaire sur le cancer du sein. Ces douze pages de questions ont été conçues par la CFDT, qui, en Moselle, s’attaque au sujet des origines professionnelles des cancers du sein.

Après l’avoir rempli, elle l’envoie à la CFDT, qui prend contact avec elle. Ensemble, ils examinent de près son dossier. Ils concluent à la possibilité d’engager une procédure de reconnaissance de son cancer du sein en maladie professionnelle. L’aide-soignante a, en effet, de nombreux facteurs de risque professionnel, avec une importante exposition aux rayonnements ionisants et de très nombreuses nuits travaillées. A contrario, elle ne dispose d’aucun facteur de risque extraprofessionnel. « Je n’ai aucun antécédent familial. Je suis la première, dans ma famille, à avoir un cancer », témoigne-t-elle.

Ce dernier point est particulièrement important. En effet, le cancer du sein ne dispose d’aucun tableau de maladie professionnelle aujourd’hui. Sans ce tableau, il faut montrer le lien « direct et essentiel » entre le travail et la maladie pour que celle-ci soit reconnue. Tout facteur extraprofessionnel peut alors empêcher la reconnaissance de la maladie professionnelle.

Se battre, « pour les

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Plan social à Aides : séropos et chemsexeurs sur le carreau
Enquête 10 février 2026 abonné·es

Plan social à Aides : séropos et chemsexeurs sur le carreau

Les négociations du plan de licenciement d’Aides, l’association de lutte contre le sida, sont terminées. 55 postes sont supprimés. En bout de chaîne, ce sont les usagers qui devraient en ressentir les conséquences, alors que séropositifs et/ou chemsexeurs peinent déjà à trouver un accompagnement.
Par Morgan Crochet
À Brest, les pêcheurs artisans dans le même bateau
Reportage 9 février 2026 abonné·es

À Brest, les pêcheurs artisans dans le même bateau

Le 6 février s’est déroulé dans la pointe du Finistère le premier Festival de la pêche artisanale, organisé par l’association Pleine Mer. L’occasion pour des travailleurs de la mer venus de toute la France de se réunir et de discuter de leurs problématiques, à l’heure où la pêche industrielle règne sur les étals de supermarchés.
Par Guy Pichard
La pollution, un impensé colonialiste
Analyse 6 février 2026 abonné·es

La pollution, un impensé colonialiste

Chlordécone aux Antilles, pénuries d’eau à Mayotte, aires d’accueil de gens du voyage contaminées, quartiers populaires asphyxiés… Les populations racisées paient le prix fort d’un racisme environnemental que l’écologie dominante peine encore à nommer.
Par Thomas Lefèvre
À Hellemmes-Ronchin, « on paye pour notre mort »
Reportage 6 février 2026 abonné·es

À Hellemmes-Ronchin, « on paye pour notre mort »

Depuis plus d’une décennie, l’association Da So Vas dénonce des conditions de vie alarmantes sur l’aire d’accueil en bordure de Lille et demande des solutions de relogement. Ce lieu est devenu un symbole du racisme environnemental subi par les gens du voyage.
Par Thomas Lefèvre