Aya Cissoko : « Le capitalisme est cannibale, il se repaît de vies humaines, du vivant »

Triple championne du monde de boxe, Aya Cissoko considère le lien social et le droit comme seuls remparts pour agir contre la montée des extrêmes droites.

Maxime Sirvins  et  Pauline Migevant  • 5 mai 2025 abonné·es
Aya Cissoko : « Le capitalisme est cannibale, il se repaît de vies humaines, du vivant »
© Maxime Sirvins

Boxeuse, écrivaine, militante : Aya Cissoko tient la garde. Elle est l’autrice remarquée de plusieurs livres, dont Au nom de tous les tiens (Seuil, 2022). Elle s’interroge sur la transmission, l’histoire coloniale, la violence sociale. Face à la montée du fascisme et au danger que l’époque constitue notamment pour les personnes racisées et les plus pauvres, elle appelle la gauche à faire du militantisme de terrain, de l’éducation populaire et à rester « solide sur ses appuis ».

Quelles sont pour vous les façons de lutter contre la montée du fascisme ?

Aya Cissoko : Pour ma part, l’important est de revenir aux fondamentaux que la gauche a échoué à défendre. C’est-à-dire la justice sociale, le soutien aux luttes d’émancipation, la lutte contre le capitalisme et l’impérialisme, la défense de la dignité de tous. Si ces principes élémentaires vous semblent trop ambitieux, vous n’êtes pas de gauche. Avez-vous lu les « 110 propositions pour la France » présentées par le Parti socialiste et François Mitterrand pour l’élection présidentielle de 1981 ?

Pour employer le vocabulaire de la boxe, l’urgence est de rester lucide, d’être solide sur ses appuis, d’arrêter de prendre des coups pour, enfin, être à l’initiative, à l’attaque. Nous perdrons tant que nous courrons derrière l’extrême droite, tant qu’elle nous imposera son rythme, les modalités du combat. La gauche doit être à l’offensive, marcher sur l’adversaire. Le terrain ne ment pas.

Un pauvre n’a jamais eu son destin en main.

Mi-mars, j’ai passé toute une journée dans un village à proximité d’Orléans pour discuter avec des adolescents. Le soir venu, avec les adultes, nous avons parlé d’éducation populaire, de lutte, de littérature, de ce que signifie être de gauche… Ils étaient super contents car personne, habituellement, ne s’intéresse à eux. Nous avons confronté nos points de vue. Nous avons appris les uns des autres. Il faut rompre avec les postures en surplomb, avec le paternalisme. La gauche doit faire avec le peuple pour le peuple.

Si l’on veut saisir la réalité du moment, il faut lire Discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire. Il faut prendre conscience que toutes ces luttes qui sont les nôtres actuellement ont déjà été menées par d’autres. Elles ont déjà été théorisées. On n’invente rien. La bourgeoisie fera tout pour garder le pouvoir et reprendre ce qu’elle a dû céder contrainte et forcée. La lutte des classes n’a jamais été autant d’actualité. Maintenant, il s’agit de rassembler toutes les bonnes volontés pour véritablement peser et offrir une alternative face au danger très concret du fascisme.

Comment définiriez-vous la période actuelle ?

La stratégie de l’extrême droite est redoutable. Elle avance en rangs serrés avec l’aide des puissances d’argent et des néoconservateurs. Tous ensemble, ils sont en train de mailler le terrain, qu’il soit économique, médiatique ou politique.

La France n’est pas les États-Unis mais Trump nous permet de voir clair. C’est le retour du fascisme, du suprémacisme blanc, du monde d’hier. Là-bas et ici, il s’agit d’effacer les réalités historiques, scientifiques, académiques, et d’instituer le principe de post-vérité. Plus rien n’a de sens. C’est déstabilisant. C’est l’effet recherché. Faire plier l’ennemi sous une avalanche de coups (bas) pour qu’il n’ait prise sur rien. L’adversaire est en train de nous confisquer les mots qui nous permettent de

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