Ivry-sur-Seine à l’épreuve de la mixité scolaire
Dans la ville de petite couronne francilienne en cours de gentrification, la diversité sociale s’arrête aux portes de l’école. Mais parents et enseignants se battent pour cet enjeu politique.
dans l’hebdo N° 1868 Acheter ce numéro

© Alexandre Rault / Hans Lucas / AFP
Dans la promenade des Petits-Bois, à Ivry-sur-Seine, c’est comme si l’été était déjà là. Les adolescents se croisent dans ce parc qui surplombe le collège Henri-Wallon. En cette fin d’année scolaire, les pensées sont déjà aux vacances. Mais, pour certains parents, le mois de juin arrive avec plein de questions. « J’ai encore des amis qui inscrivent leurs enfants dans le privé pour septembre », explique Caroline*, qui traverse le parc avec ses enfants.
Tandis que son fils, Max, 10 ans, marche devant avec son copain, elle tient la main de sa dernière, Léna, qui vient d’avoir 6 ans. « Lorsque ma fille était à la crèche, j’avais l’impression d’une plus grande mixité. Mais, depuis l’arrivée en primaire, je vois chaque année des élèves disparaître. Forcément, on s’interroge. D’autant que ce sont des enfants dont les parents nous ressemblent, blancs et CSP+. Des bobos, quoi », sourit celle qui travaille à son compte dans la communication.
Avoir de la mixité sociale dans un quartier ne signifie pas forcément qu’il y en aura dans les écoles et les collèges.
Y. SouidiSouvent qualifiée de ville « en cours de gentrification », comme bien d’autres territoires de la petite couronne, Ivry-sur-Seine attire des familles plus aisées qu’auparavant, intéressées par la proximité avec Paris et un immobilier moins cher. Entre 2015 et 2021, la ville a vu sa population augmenter de 1,2 % chaque année, pour atteindre 64 000 habitants. Mais cette gentrification s’arrête souvent aux portes des établissements scolaires.
« Avoir de la mixité sociale dans un quartier ne signifie pas forcément qu’il y en aura dans les écoles et les collèges, constate Youssef Souidi, sociologue et spécialiste de ces questions. Dans des quartiers gentrifiés, les élèves défavorisés fréquenteront un collège dont la composition sociale reflète celle du quartier, tandis que les élèves favorisés iront dans des établissements où la composition sociale est plus aisée que celle du quartier. »
L’indice de position sociale (IPS) permet de déterminer la composition sociale des établissements en prenant en compte les conditions socio-économiques des élèves. À Ivry-sur-Seine, sur les quinze écoles publiques, 11 ont un IPS en deçà de la moyenne nationale (entre 84 et 91 contre 103). Parmi les collèges, les IPS plafonnent entre 87 et 97, tandis que la moyenne s’établit à 100.
« On sait que certaines familles, les plus aisées, évitent les
Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :
Pour aller plus loin…
La pollution, un impensé colonialiste
À Hellemmes-Ronchin, « on paye pour notre mort »
La mémoire fragmentée des enfants d’immigrés