Fanon l’Algérien

Abdenour Zahzah signe un très beau film sur le jeune psychiatre en poste à l’hôpital de Blida.

Christophe Kantcheff  • 16 juillet 2025 abonné·es
Fanon l’Algérien
Le noir et blanc apporte une impression de douceur en accord avec les méthodes plus humaines mises en œuvre par Fanon avec ses patients.
© Unifrance

Trois mois après Fanon, de Jean-Claude Barny, sort sur les écrans un autre film consacré à l’auteur des Damnés de la Terre : Frantz Fanon, du cinéaste algérien Abdenour Zahzah. La période envisagée est la même, celle où le jeune psychiatre est en exercice à l’hôpital Blida-Joinville, à partir de 1953 et jusqu’en 1956. Cependant, les deux œuvres ont peu en commun sur le plan cinématographique et sont de force inégale, le premier, avec sa tentative maladroite d’introduire du spectaculaire, s’étant indifférencié par rapport au gros de la production courante.

Le film d’Abdenour Zahzah, beaucoup plus singulier, frappe avant tout par son authenticité, le sentiment de véracité qui en émane. Il faut dire que Fanon est un sujet de cinéma qui occupe depuis longtemps le réalisateur, qui lui a déjà consacré un documentaire en 2002, Frantz Fanon, mémoire d’asile. Pour Zahzah, la fiction n’implique aucune diversion par rapport à son choix premier, radical : Fanon (Alexandre Desane) au travail dans l’hôpital psychiatrique.

D’où la nécessité de déployer son intrigue dans le véritable établissement, à Blida, à la manière d’un quasi-huis clos. Avec des comédiens, pour beaucoup non professionnels, en partie recrutés en Algérie. Et dans un noir et blanc qui, certes, fait « époque », mais surtout résonne avec la phrase de Jacques Tati : « Trop de couleur distrait le spectateur. » Ce noir et blanc accueillant toutes les nuances de gris apporte aussi une impression de douceur en accord avec les méthodes plus humaines mises en œuvre par Fanon.

Aliénation

Formé par François Tosquelles, l’inventeur de la psychothérapie institutionnelle, dont le nom résonne dans le film comme un affront pour les tenants, tel le Dr Ramée (Gérard Dubouche), de l’école d’Alger aux préceptes racistes, le jeune psychiatre délie les mains des patients, rend aux femmes leurs vrais prénoms et leurs vêtements à la place de surnoms et d’uniformes, engage les soignants à se réformer. Car, selon lui, c’est l’hôpital qui est malade et qu’il faut soigner.

Toujours dans ce souci d’éviter les effets et d’être le plus juste possible, le cinéaste a induit un jeu

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Cinéma
Publié dans le dossier
Frantz Fanon, cent ans d'avance
Temps de lecture : 4 minutes