À Marseille, le savoir résiste aux faiseurs de peur
Le festival Allez Savoir de l’EHESS, dont Politis est partenaire, organisait sa 6e édition à Marseille sur un enjeu brûlant : « Informer / S’informer / Déformer ». Dans un monde saturé de récits anxiogènes et de fake news, chercheur·ses, élèves, journalistes et citoyen·nes se sont retrouvés pour interroger la fabrique de l’information.

© EHESS
Sous le soleil éclatant de Marseille, la Vieille Charité s’est transformée, le temps d’un week-end, en une agora de l’esprit critique. Le festival Allez Savoir, organisé par l’EHESS, a choisi cette année un thème d’une brûlante actualité : « Informer / S’informer / Déformer ». Plus qu’un slogan, c’est un constat partagé : l’information, censée être la promesse de transparence et de démocratie, devient aussi un terrain de guerre, un instrument de manipulation, une ressource disputée par les États, les médias, les plateformes et les citoyen·nes.
Dès le débat inaugural, autour de l’historien et professeur au Collège de France Antoine Lilti et de la sociologue Françoise Daucé, le ton est donné : notre société de l’information oscille entre l’idéal démocratique et le cauchemar totalitaire. Antoine Lilti rappelle que l’abondance d’informations ne garantit pas la vérité, et que les rumeurs se nourrissent toujours des silences ou des lacunes institutionnelles. Françoise Daucé, en sociologue, souligne qu’à l’Est comme à l’Ouest, les pouvoirs savent jouer de cette surabondance pour brouiller les repères, imposer des récits, ou naturaliser des peurs.
Au fil des conférences et des ateliers, une ligne forte émerge : l’information n’est pas seulement un flux neutre, mais un outil de pouvoir. Les chercheur·ses invités l’ont rappelé avec force : contrôler le récit, c’est contrôler la perception du réel. On y apprend comment des expressions comme « invasion » ou « submersion migratoire » agissent moins comme des descriptions que comme des injonctions émotionnelles. On décortique la manière dont des leaders politiques, de Trump niant le réchauffement climatique à certains élus français parlant de « grand remplacement », s’appuient sur la performativité des mots pour installer une ambiance de peur, quitte à se passer de preuves.
En finir avec l'information « objective »Plusieurs intervenant·es, historien·nes, sociolinguistes ou journalistes, rappellent que la désinformation institutionnelle ne se réduit pas à des fake news isolées : c’est un système qui conjugue mensonges, exagérations, silences et biais langagiers. Les plateformes numériques, avec leurs algorithmes, amplifient ces récits, mais elles ne sont pas les seules en cause : l’État, les institutions et parfois même l’école deviennent des relais, souvent inconscients, de discours orientés.
L’information n’est pas seulement un flux neutre, mais un outil de pouvoir.
L’une des forces du festival est de mêler grand·es chercheur·ses et publics variés : lycéen·nes, étudiant·es, enseignant·es, citoyen·nes engagé·es. Les débats sont parfois vifs, souvent passionnés. On y entend des phrases qui résument l’état d’esprit : « Je croyais que la désinformation, c’était surtout TikTok. Mais c’est aussi dans les discours officiels », constate un doctorant en philosophie politique.
« Ce n’est pas juste une question de mensonge, mais de vocabulaire. Un mot peut suffire
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