« Les sciences sociales sont dans le viseur de la droite et l’extrême droite dans beaucoup de pays »

Corédacteur en chef d’Actes de la recherche en sciences sociales, revue fondée par Pierre Bourdieu en 1975, Julien Duval revient sur le demi-siècle d’une publication aussi atypique que transdisciplinaire et prestigieuse scientifiquement.

Olivier Doubre  • 29 septembre 2025 abonné·es
« Les sciences sociales sont dans le viseur de la droite et l’extrême droite dans beaucoup de pays »
© Redd F / Unsplash

Fondée en 1975, la revue créée par Pierre Bourdieu, iconoclaste, transdisciplinaire et attachée à s'éloigner de tout académisme, a été depuis sa naissance un objet aussi sérieux qu'original parmi tous les périodiques en sciences sociales à travers le monde.

Parvenue à prolonger son existence après la mort de son prestigieux fondateur, survenue en janvier 2002, ce dont beaucoup doutaient, « Actes » a depuis dû évoluer, contrainte de s'adapter à une économie différente, à des formes d'articles et des modes de diffusion différents (numérique notamment). Mais s'attache à en préserver la liberté de contenu, en dehors des obstacles ou pressions politiques ou institutionnels.


Comment se porte Actes de la recherche en sciences sociales, vingt-trois après le décès de Bourdieu, son « père fondateur » ? Qu'est-ce qui vous fait tenir, vous les « héritiers » de ce projet né il y a donc 50 ans ?

Julien Duval : Je ne sais pas ce qui nous fait tenir. J'ai toujours l'impression qu'on a « le nez dans le guidon », dans le sens où le rythme est assez harassant, puisqu'à peine un numéro bouclé, il faut immédiatement relancer la machine pour le numéro suivant. Mais je pense que c'est sans doute une revue assez unique, qu'il n'y a pas beaucoup d'autres revues de ce type. Certains articles peuvent sans doute n'être publiés que dans cette revue ; c'est une motivation forte pour continuer !

Et puis, même si cela a évolué avec le temps, elle a la particularité de se situer entre une revue académique, ou universitaire, et une revue plus intellectuelle, ou militante, qui touche un public au-delà de l’Université. Même si elle l'a sans doute de moins en moins aujourd'hui, parce que les évolutions sont certainement moins favorables en ce sens.

Néanmoins, elle demeure un lieu de publication assez unique sur ce point. Et c'est une motivation d'essayer de le conserver comme tel, malgré les difficultés – même si l'on sait que la revue n'est plus, ou plutôt ne peut plus être ce qu'elle fut du temps de Bourdieu. À la fois parce qu'il n'est plus là, mais aussi parce que la période est simplement différente. Et qu'il y a bien des choses qui sont beaucoup plus différentes aujourd'hui…


Par exemple ? Pourquoi ?

Déjà, parce que les revues n'ont plus le même statut qu'elles ont pu avoir il y a trente ou quarante ans, ou auparavant encore. Je suis d'une génération (la cinquantaine) où, déjà, la « grande époque » des revues était déjà un peu finie, celle du prestige et de la place qu'avaient des revues comme Esprit ou Les Temps modernes. Même si j'achetais Actes en librairie quand j'étais étudiant, je pense qu'il n'y a plus beaucoup d'étudiants qui vont la chercher aujourd'hui en librairie, à chaque livraison. Et déjà, quand j'étais jeune, c'était déjà de plus en plus rare.

Certains articles peuvent sans doute n'être publiés que dans cette revue.

Aujourd'hui, la diffusion

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