Aide médicale d’État : l’exécutif choisit de mettre en danger les personnes étrangères

En faisant fuiter plusieurs projets de décrets qui retirent des soins compris dans l’aide médicale d’État et renforcent ses conditions d’accès, l’exécutif dégrade les conditions de vie de personnes précaires.

Pauline Migevant  et  Caroline Baude  • 3 septembre 2025 abonné·es
Aide médicale d’État : l’exécutif choisit de mettre en danger les personnes étrangères
Personnes retenues au CRA de Vincennes, en février 2025.
© Pauline Migevant

Pour justifier la restriction de l’aide médicale d’État (AME), François Bayrou évoque le « bon sens ». Ce dispositif destiné aux personnes étrangères sans papiers est remis en cause régulièrement par la droite et l’extrême droite considérant qu’il serait trop cher, et à l’origine d’un "appel d’air", favorisant l’immigration.

Concrètement, le dispositif, qui a coûté 1,2 milliard d’euros en 2024, représente 0,5 % des dépenses publiques de santé. Les projets de décret visent à « soumettre à un accord préalable » des soins pour les personnes arrivées en France, il y a moins de neuf mois. Une rhétorique raciste allant à l’encontre des résultats de l’enquête pionnière Premiers pas, menée par l’Ires.

Le vrai problème aujourd’hui, c’est que trop peu de personnes demandent l’AME.

A. Math

« Cette étude montre que l’AME est un dispositif extrêmement contrôlé et difficile à obtenir en raison des pièces exigées, précise Antoine Math, chercheur à l’Ires. Seules 51 % des personnes qui ont accès à l’AME en bénéficient. Le vrai problème aujourd’hui, c’est que trop peu de personnes demandent l’AME. »

Obsession de la droite et de l’extrême droite

Dans cette recherche qui visait à combler le manque de données disponibles sur l’utilisation de l’AME, les chercheur.euses concluaient en novembre 2019 : « Nos travaux suggèrent que toute mesure qui viserait à limiter les droits offerts par l’AME de droit commun afin de lutter contre l’immigration clandestine ou de réduire fortement les dépenses de santé couvertes de l’AME raterait certainement sa cible. Le risque serait en revanche de mettre en danger l’état de santé d’une population, pour partie très précaire, et avec des besoins de soins largement non couverts et de laisser le poids de leur prise en charge aux services d’urgence et aux associations. » Loin du « bon sens », évoqué par François Bayrou au sujet de ces décrets.

La remise en cause du droit à la santé est alimentée par des « études » produites par des organismes d’extrême droite, comme l’Observatoire de l’immigration et de la démographie, reprises par des médias de droite et d’extrême droite. « Malheureusement, ils utilisent le racisme pour manipuler l’opinion publique. C’est grave », estime une membre de la Coordination des Sans Papiers 75, contactée par Politis. À rebours des discours

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