Les grands patrons en pleine sécession
En appelant à un « énorme meeting » le 13 octobre prochain à l’Accor Arena, le Medef veut moins « remettre de la rationalité dans le débat public » que témoigner qu’il est toujours plus éloigné de l’intérêt général.
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© JULIEN DE ROSA / AFP
« LOL ». Éclats de rire. Chez les leaders syndicaux, évoquer la date du 13 octobre suscite l’hilarité. Pour cause, c’est le jour que le Medef, principale organisation patronale, a choisi, fait rarissime, pour organiser une « grande mobilisation républicaine ». « Le 13 octobre, soyons fiers d’être les vrais insoumis, ceux qui ne se résignent pas » (sic), peut-on lire dans l’invitation rédigée en bleu-blanc-rouge.
L’organisation patronale y appelle les « entrepreneurs » à « relever la tête ». « Pourquoi devrait-on s’excuser de créer des emplois, de faire tourner l’économie, de donner une chance aux jeunes ? Réussir, ce n’est pas une honte, c’est une chance pour la France. » Le Medef a réservé l’Accor Arena (Paris-Bercy) pour organiser un meeting « énorme », selon les termes de son président, Patrick Martin, qui a annoncé que 13 000 personnes pourraient y participer.
L’initiative a de quoi surprendre. Par plusieurs aspects. En premier lieu, le patronat, surtout le « grand » patronat, n’est pas un adepte des mobilisations collectives, habituellement réservées aux organisations représentatives des salariés. « L’action collective ouverte patronale – manifestations ou meetings en salle – demeure exceptionnelle. Les patrons ont d’autres moyens plus feutrés pour se faire entendre », explique Michel Offerlé, professeur émérite de sciences politiques à l’ENS et auteur, notamment, de Ce qu’un patron peut faire (Gallimard 2021).
La mobilisation de ce 13 octobre n’a que peu de précédents dans l’histoire récente.
De fait, la mobilisation de ce 13 octobre n’a que peu de précédents dans l’histoire récente. « Fin 1982 à Villepinte, rassemblement organisé par l’ensemble des organisations patronales contre les mesures prises par le gouvernement de gauche ; 4 octobre 1999 à la porte de Versailles, contre les 35 heures ; ou, de manière moins massive, en 2013 et 2014 à Lyon et à Paris », liste Michel Offerlé. Or, comme le souligne le chercheur, toutes ces mobilisations se sont déroulées dans un contexte où la gauche était au pouvoir.
« Lutte de classes inversée »Ce 13 octobre, il ne devrait y avoir aucun membre de gauche dans le gouvernement de Sébastien Lecornu, dernier des macronistes, fidèle parmi les fidèles du chef de l’État. Ainsi, comme l’a rappelé Patrick Martin à la sortie d’un rendez-vous à Matignon, ce meeting n’est absolument pas dirigé contre le gouvernement.
Mais plutôt contre le « débat public », qui, ces derniers jours, s’est concentré sur l’imposition des plus grandes fortunes. « Il est hors de question d’aller plus loin : les
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