Taxe Zucman : panique à bord au Medef

Alors que la taxe qui vise à taxer les patrimoines des ultra-riches, s’impose dans le débat public, le patronat monte de plus en plus violemment au front pour s’indigner de cette proposition. Signe d’une panique croissante.

Pierre Jequier-Zalc  • 16 septembre 2025
Partager :
Taxe Zucman : panique à bord au Medef
© DDP / Unsplash

Le vent serait-il en train de tourner ? Cela fait près de dix ans qu’au Medef on se prélasse tranquillement. Depuis le pin’s à « 1 million d’emplois » de Pierre Gattaz, toutes les politiques économiques mises en place leur sont favorables : CICE, suppression de l’ISF, baisse de l’impôt sur les sociétés, aides publiques massives, etc. Au point que toute participation à la solidarité nationale semble être devenue une aberration.

Les ultra-riches payent, en proportion, bien moins d’impôts que n’importe quel contribuable.

Même quand cette contribution est censée corriger une inégalité structurelle du système fiscal français : les ultra-riches payent, en proportion, bien moins d’impôts que n’importe quel contribuable. Cela paraît difficile à entendre, et pourtant les faits sont têtus. Il faut d’ailleurs saluer la mobilisation médiatique et politique d’économistes de premier plan – outre celle de Gabriel Zucman, notons celle de sept Prix Nobel d’économie – pour que ce constat s’impose dans un débat où les arguments néolibéraux de bas étage – ou d’extrême mauvaise foi, au choix – ont le vent en poupe.

Sur le même sujet : Taxer les riches : l’évidence morale face à la lâcheté politique

Et dans un contexte de déficit budgétaire important, alors que la Macronie plaide pour des efforts massifs de la population, cette inégalité devient de plus en plus intolérable. Injustifiable, même ! Au point qu’on peut déjà estimer que Sébastien Lecornu joue son poste à Matignon sur la mise en place de cette mesure déjà adoptée par l’Assemblée nationale au printemps dernier. Incroyable mais vrai, le patronat – notamment le Medef – se retrouve donc en position de faiblesse. Une première depuis dix ans. Il suffit de lire l’interview de Patrick Martin dans les colonnes du Parisien le week-end dernier pour s’en convaincre.

D’habitude si prompt à jouer au bon père de famille, le patron des patrons a, cette fois, sorti le bazooka néolibéral.

D’habitude si prompt à jouer au bon père de famille responsable et consensuel, le patron des patrons a, cette fois, sorti le bazooka néolibéral. Hors de question de créer une nouvelle taxe, qui serait « une provocation ». Il faudrait plutôt, selon lui, supprimer 70 000 fonctionnaires dès l’an prochain, une mesure « raisonnable » (sic), et doubler la franchise médicale. Affaiblir les services publics et faire payer les malades plutôt que plus de justice fiscale, la ligne est claire.

Le temps des menaces

L’indignation s’accompagne de menaces : « Si les impôts augmentent, il y aura une grande mobilisation patronale. » Rassurez-vous, celle-ci sera « républicaine » et les patrons ne descendront « pas dans la rue ». Cela pourrait presque prêter à sourire. Pourtant, la prise de position du président du Medef a rapidement été suivie par divers éditos libéraux, particulièrement virulents.

Sur le même sujet : Comment (véritablement) taxer les riches

Un exemple parmi tant d’autres, celui de Nicolas Bouzou dans les colonnes de L’Express. Sans gêne, celui-ci compare les économistes qui portent la taxation des ultra-riches à Didier Raoult – le microbiologiste controversé –, n’hésitant pas à les qualifier d’illettrés économiques. Cocasse quand on sait que le seul fait de gloire de cet économiste est d’avoir été payé par Uber pour faciliter leur implantation en France.

Les puissants sont en train de perdre la bataille de l’opinion.

Cela témoigne aussi de la force de frappe des défenseurs du statu quo. De celles et ceux qui défendent les intérêts des plus riches. Rien d’étonnant quand on sait que la plupart des médias sont, justement, détenus par ceux qui pourraient être soumis à la taxe Zucman. Ce changement de braquet – de l’indifférence à la menace – dans la défense des puissants souligne qu’ils sont en train de perdre la bataille de l’opinion. Les forces progressistes doivent s’en rendre compte.

Pour faire du 18 septembre une journée de mobilisation massive pour plus de justice sociale et fiscale. Pour ne rien lâcher dans les négociations en cours avec Sébastien Lecornu. Et pour, enfin, mettre fin au règne sans partage du patronat sur la politique économique du pays.

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous
Publié dans
Parti pris

L’actualité vous fait parfois enrager ? Nous aussi. Ce parti pris de la rédaction délaisse la neutralité journalistique pour le vitriol. Et parfois pour l’éloge et l’espoir. C’est juste plus rare.

Temps de lecture : 4 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

La fin de vie n’est pas une affaire privée
Parti pris 11 mai 2026

La fin de vie n’est pas une affaire privée

Alors que le projet de loi sur la fin de vie revient au Sénat, la gauche se retrouve face à ses propres contradictions. Peut-elle défendre l’aide à mourir au nom de la seule liberté individuelle alors qu’elle combat partout ailleurs cette fiction libérale du choix autonome ?
Par Pierre Jacquemain
« Faites mieux », qu’il disait !
Jean-Luc Mélenchon 4 mai 2026

« Faites mieux », qu’il disait !

La nouvelle candidature de Jean-Luc Mélenchon pour 2027 agit comme un électrochoc à gauche : entre promesse de renouvellement trahie, fracture stratégique persistante et incapacité à construire une méthode démocratique commune, c’est toute une génération politique qui se retrouve sommée de « faire mieux », sans qu’on lui en donne les moyens.
Par Pierre Jacquemain
Comment l’extrême droite veut discipliner l’audiovisuel public avant de le privatiser
Parti-pris 27 avril 2026

Comment l’extrême droite veut discipliner l’audiovisuel public avant de le privatiser

Derrière les discours de rigueur et de neutralité, le rapport porté par Charles Alloncle esquisse bien davantage qu’une réforme technique : une remise en cause profonde du pluralisme médiatique.
Par Pierre Jacquemain
Un an après l’assassinat d’Aboubakar Cissé : être musulman·e, c’est toujours risquer d’en mourir
Parti pris 24 avril 2026

Un an après l’assassinat d’Aboubakar Cissé : être musulman·e, c’est toujours risquer d’en mourir

Depuis le 25 avril 2025, rien n’a changé. Ce qui illustre un processus de banalisation des violences visant les musulman·es. Le silence et le déni persistent.
Par Kamélia Ouaïssa