IVG : « La mémoire de celles qui sont mortes n’est inscrite nulle part »

Pour lutter contre l’oubli et rappeler que l’IVG est un droit toujours menacé, la cinéaste, Mariana Otero, souhaite édifier un monument à Paris en hommage aux femmes décédées suite à des avortements clandestins.

Lola Dubois-Carmes  • 25 septembre 2025 abonné·es
IVG : « La mémoire de celles qui sont mortes n’est inscrite nulle part »
Manifestation unitaire organisée par la CGT, la CFDT et la Fédération de l'Éducation nationale (FEN) dans le cadre d'une journée nationale d'action interprofessionnelle, le 24 mai 1977, à Paris.
© AFP

À l'occasion de la Journée internationale pour le droit à l'avortement, le 28 septembre, l'association « Aux avortées inconnues », initiée notamment par la cinéaste Mariana Otero, présentera son projet de mémorial aux femmes décédées avant la loi Veil de 1975 à la Maison de la poésie, à Paris.

Comment est née l'idée d'édifier à Paris un monument en hommage aux femmes décédées suite à des avortements clandestins ?

Mariana Otero : En 1994, alors que j'ai trente ans et que j'ai perdu ma mère en 1968, j'apprends que celle-ci n'est pas décédée d'une péritonite comme je le pensais, mais d'un avortement clandestin. Je suis tombée des nues, car je fais partie d'une génération qui avait complètement oublié ce qui avait bien pu se passer avant la loi Veil. J'ai compris, à ce moment-là, que l'histoire était vraiment écrite par les hommes…

J'ai donc réalisé, en 2003, le film Histoire d'un secret, pour retracer l'histoire de ma mère, de sa peinture, et de son avortement clandestin. Beaucoup de femmes sont allées le voir avec leurs filles et en ont profité pour raconter leur propre avortement. À cette occasion, Nancy Huston [N.D.L.R. : femme de lettres, féministe et musicienne d'origine canadienne], qui a été très touchée par cette histoire, a publié dans Le Monde, une tribune dans laquelle elle plaide pour ériger un monument « aux avortées inconnues ».

Ce serait le premier monument au monde dédié aux femmes décédées d'avortement clandestin.

C'est la première fois que ces mots sont prononcés, mais ils n'ont pas été suivis d'effets. Nous étions à une époque où l'on pensait que les problèmes féministes étaient résolus. Ces dernières années, entre les États-Unis, la Pologne, la Hongrie ou l'Italie, on constate de nombreux reculs. À l'occasion des 50 ans de la loi Veil, j'ai pensé qu'un tel monument pouvait avoir toute son utilité pour notre

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Municipales : ces villes qui précarisent les mères isolées
Décryptage 9 février 2026 abonné·es

Municipales : ces villes qui précarisent les mères isolées

À l’approche des élections municipales, le collectif des Mères Déters a soumis aux candidats un pacte visant l’amélioration du quotidien des familles monoparentales. S’appuyant sur leur étude parue en 2025, les militantes dénoncent un impensé des politiques municipales et des situations hétérogènes selon les communes.
Par Alix Garcia
La pollution, un impensé colonialiste
Analyse 6 février 2026 abonné·es

La pollution, un impensé colonialiste

Chlordécone aux Antilles, pénuries d’eau à Mayotte, aires d’accueil de gens du voyage contaminées, quartiers populaires asphyxiés… Les populations racisées paient le prix fort d’un racisme environnemental que l’écologie dominante peine encore à nommer.
Par Thomas Lefèvre
À Hellemmes-Ronchin, « on paye pour notre mort »
Reportage 6 février 2026 abonné·es

À Hellemmes-Ronchin, « on paye pour notre mort »

Depuis plus d’une décennie, l’association Da So Vas dénonce des conditions de vie alarmantes sur l’aire d’accueil en bordure de Lille et demande des solutions de relogement. Ce lieu est devenu un symbole du racisme environnemental subi par les gens du voyage.
Par Thomas Lefèvre
La mémoire fragmentée des enfants d’immigrés
Histoire 5 février 2026

La mémoire fragmentée des enfants d’immigrés

Marquées par les traumatismes de guerre, de racisme ou de pudeur, les histoires familiales des enfants issus des générations postcoloniales peinent à être partagées. Face à ces silences, les enfants héritent d’une mémoire fragmentée, et peinent à retrouver leur récit.
Par Kamélia Ouaïssa