Carte de séjour, casbah électrique
Un livre passionnant retrace l’épopée de Carte de séjour, groupe de rock métissé emblématique de la France des années 1980 et ardent contre-feu à la flamme mortifère de l’extrême droite alors en plein essor.
dans l’hebdo N° 1880 Acheter ce numéro

© Michel Jaget
Impulsé en 1980, Carte de séjour a atteint son pic de popularité en 1986-1987 grâce à sa reprise iconoclaste de « Douce France », fameuse rengaine nostalgico-patriotique de Charles Trénet. Petite sœur de « La Marseillaise » version reggae (« Aux armes etcetera ») de Serge Gainsbourg, cette chanson occulte hélas le reste de la discographie – mince mais substantielle – du groupe.
Incarnant les vertus du métissage dans la musique comme dans la société, Carte de séjour apparaît aujourd’hui toujours aussi actuel et nécessaire mais semble pourtant un peu oublié. Très complet, richement documenté, fruit d’un travail de longue haleine lancé en 2013, l’ouvrage de l’historien et anthropologue Philippe Hanus, Carte de séjour. Un groupe rock dans la « douce France » des années 1980, se révèle aussi instructif qu’agréable à lire et invite à une (re) découverte en profondeur de la formation.
D’emblée, l’auteur affirme son choix de ne pas se focaliser sur Rachid Taha, chanteur ô combien charismatique (appelé ensuite à une faste carrière solo), pour mieux appréhender la dimension collective de cette belle aventure musicale. Il rend ainsi ce qui leur appartient aux deux principaux instigateurs du groupe, Mohamed et Mokhtar Amini.
Nés au Maroc, ces deux frères ont grandi en France durant les années 1960, dans une « ville nouvelle » en construction, Rillieux-la-Pape, en périphérie de Lyon, où leur père – ouvrier en bâtiment – est venu s’installer en 1958 pour travailler. Frappés par la foudre révélatrice (via l’album Black & Blue des Rolling Stones) durant l’adolescence, ils ont embrassé fiévreusement la cause du rock, écumant les salles de concert locales et apprivoisant chacun un instrument – la guitare pour Mohamed, la basse pour Mokhtar.
"Rebeus contestataires"En mai 1979 a lieu la rencontre avec un certain Rachid Taha, celui-ci s’improvisant chanteur avec éclat durant une jam session
Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :
Pour aller plus loin…
À l’écoute du monde créole
Nayra : « La méritocratie dans le rap vient de la capitalisation de l’industrie »
« Sad and Beautiful World », désespoir et des espoirs