En Serbie, le régime Vučić tremble

Cela fait maintenant dix mois que la Serbie se révolte sans relâche contre la dérive autoritaire et corrompue d’Aleksandar Vučić. Alors que son pouvoir vacille et qu’il paraît de plus en plus isolé, le président fait feu de tout bois pour dompter la contestation.

Simon Rico  • 5 septembre 2025 abonné·es
En Serbie, le régime Vučić tremble
Un manifestant lors d'un rassemblement antigouvernemental à Valjevo, le 16 août 2025.
© Uros Arsic / AFP

La nuit est tombée, mais les rues du centre-ville de Belgrade sont noires de monde ce lundi 1er septembre. À l'appel des lycéens, des dizaines de milliers de personnes marchent en silence pour commémorer les dix mois de la chute mortelle de l'auvent de la gare de Novi Sad, qui a fait 16 victimes le 1er novembre dernier.

Cet accident est vite devenu le symbole de la dérive autoritaire et corrompue du régime d'Aleksandar Vučić et depuis, la colère ne retombe pas. Les rassemblements qui ont lieu simultanément dans plusieurs dizaines d'autres villes aux quatre coins de la Serbie sont également massifs ce soir-là.

Nous devons repartir de zéro, afin que quelque chose de positif puisse se produire dans notre pays. 

Sanja

Partout, la grande mobilisation nationale de rentrée s'est déroulée dans le calme, deux semaines après la flambée de violences de la mi-août. Seuls quelques incidents mineurs ont eu lieu à Novi Sad, quand les forces de l'ordre ont empêché la foule de s'approcher de la Faculté des sports et d'éducation physique. Le matin même, une opération de police avait tenté de mettre fin, sans succès, à son blocage alors que le bâtiment est occupé par les étudiant.es depuis l'automne 2024.

« Aucune des demandes que nous avons formulées n'a encore été pleinement satisfaite par les autorités », explique Nemanja, l'un des coordinateurs de la manifestation belgradoise. Tout juste diplômé du baccalauréat, le jeune homme se dit prêt à descendre dans la rue « tant que des élections législatives anticipées n'auront pas été annoncées ».

De son côté, Sanja, la petite cinquantaine, est venue pour « montrer que nous sommes nombreux à refuser de rester chez nous et à garder le silence face à tout ce qui se passe en Serbie ». Selon elle, « le gouvernement doit changer », pour qu'advienne « une société nouvelle ». « Nous devons repartir de zéro, afin que quelque chose de positif puisse se produire dans notre pays. »

Sur la tribune dressée place de la République, plusieurs lycéens prennent la parole. « Nous déposons une rose blanche, car l'éducation, la culture, le patrimoine culturel et historique sont en train de mourir, tout comme le système judiciaire et la justice, la liberté des médias et la vérité. Nous déposons une rose blanche, car des gens ont été tués », lancent-ils, avant d'observer 16 minutes de silence en mémoire des 16 victimes de l'effondrement de la marquise de la gare de Novi Sad, fraîchement rénovée.

Nous sommes des enfants, mais des enfants qui savent distinguer le bien du mal, le vrai du faux, la vérité du mensonge.

« Nous sommes des enfants, mais des enfants qui savent distinguer le bien du mal, le vrai du faux, la vérité du mensonge », poursuivent les lycéens. Un message clairement adressé au président Vučić, lui qui multiplie les accusations calomnieuses à l'égard de celles et

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