En Thaïlande, l’oppression silencieuse des musulmans
Dans le sud du pays, la minorité malaise est victime de persécutions et d’assimilation forcée de la part de Bangkok. Les fermetures d’écoles et de mosquées, les arrestations arbitraires et les actes de torture en détention sont monnaie courante dans cette région sous le contrôle de l’armée depuis 2004.
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© Christophe Toscha
Chaque deux-roues est passé au détecteur de métaux lourds, les coffres sont fouillés, toute personne ayant le moindre comportement suspect est immédiatement isolée. Quelques minutes après leur arrivée, deux jeunes garçons à peine majeurs sont arrêtés. Lors de la fouille au corps, une grande lame est trouvée sur l’un d’eux. De tels contrôles de l’armée aux checkpoints sont quotidiens dans l’extrême sud de la Thaïlande, à la frontière avec la Malaisie.
Ces scènes ont lieu à l’abri des regards et des projecteurs médiatiques. Cette région rurale et peu fréquentée subit une politique d’assimilation forcée de la part de Bangkok depuis des décennies. C’est là que vivent 2 millions de Malais, une minorité ethnique et religieuse musulmane, dans un pays à majorité bouddhiste, farouchement attachée à la défense de son identité culturelle. Fusil M-16 en bandoulière, un militaire d’un groupe contre-terroriste inspecte fièrement un pick-up : « J’ai le don pour repérer le matériel explosif. Tout individu est un suspect potentiel, nous scrutons tout le monde. »
Ces contrôles sont la partie émergée de l’iceberg : les exécutions sommaires sont quant à elles cachées, mais bien présentes. Le 25 juin 2024, le militant musulman pour les droits humains Roning Dolah, 45 ans, est abattu froidement par deux hommes masqués à moto devant chez lui, dans le district de Yarang, au cœur de la province de Pattani. Ce père de cinq enfants enquêtait sur des cas de tortures et de disparitions forcées. Sa femme, Kamilah, peine à se relever de ce choc.
Dans leur maison familiale, au milieu des rizières, elle revient sur cet assassinat, qu’elle attribue à deux militaires. « J’ai vu ces tueurs armés avec leurs uniformes noirs. Mon mari sortait pour acheter des fruits quand ils ont tiré en rafale. Il s’est effondré dans une mare de sang, devant notre fille de 7 ans, qui est encore traumatisée. Le corps de mon mari était criblé de balles », confie-t-elle en recoiffant soigneusement sa petite dernière, Nasuha. Selon un rapport de Human Rights Watch et de la police locale,
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