« On Falling », seule au monde

Dans son premier long métrage, Laura Carreira met en scène l’existence empêchée d’une ouvrière dans un entrepôt.

Christophe Kantcheff  • 28 octobre 2025 abonné·es
« On Falling », seule au monde
Bien que fort informé sur le quotidien dans ce type d’entreprises, le film dépasse sa seule dimension documentaire, grâce à son excellente comédienne, Joana Santos, sur laquelle repose tout le film.
© A Sixteen Films production

Premier long métrage de fiction de Laura Carreira, On Falling s’ouvre sur un groupe de personnes qui marchent dans un couloir rectiligne, à la lumière froide, sans que nul ne dise mot à quiconque. Ces employés passent ensuite un à un par un portique où ils pointent en faisant biper leur badge. L’impression de ce premier plan restera tenace : c’est comme si ces gens se dirigeaient tout droit vers l’abattoir.

Aurora (Joana Santos) fait partie de ceux-là. Travailleuse immigrée en Écosse venue du Portugal (de même que la cinéaste, installée en Grande-Bretagne de longue date), elle travaille dans un entrepôt comme préparatrice de commandes. Il s’agit, toute la sainte journée, de dégoter au long d’immenses rayonnages les objets commandés et enregistrés informatiquement, et de les rassembler dans un chariot.

« Cela ressemble à une course au trésor », commentera une manageuse à des enfants visitant l’entrepôt, sans doute pour leur donner le goût d’un métier absurde. Elle aurait pu ajouter que lorsqu’ils sont désignés, comme Aurora, « employés de la semaine » pour leur bon rendement, ils sont récompensés… avec une barre chocolatée ! Les couleurs de l’entreprise sont celles d’Amazon, mais la marque n’apparaît jamais tant la nature de ces bullshit jobs est devenue, hélas, universelle.

Immigrée, vivant dans un foyer où se croisent des travailleurs de différentes nationalités, Aurora est par conséquent relativement isolée. Ses liens les plus étroits, qui n’ont rien à voir avec une amitié mais reposent avant tout sur des échanges de services, elle les a avec une compatriote, une de ses collègues. Or le travail qu’elle effectue accentue cette solitude.

Plus encore : l’absence de relations entre les employé·es en est une donnée

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Cinéma
Temps de lecture : 4 minutes