Suspension des évacuations de Gaza : les ministères incapables de se justifier
Devant le Conseil d’État, les ministères des Affaires étrangères et de l’Intérieur ont pataugé dans la mauvaise foi pour justifier la suspension des évacuations de Palestinien·nes vers la France. Une décision prise après une polémique lancée par l’extrême droite.

© BORIS HORVAT / AFP
« Aidez-moi à évacuer ma famille avant qu’il ne soit trop tard ! » Ces mots, un cri du coeur, sont ceux d’une femme palestinienne qui s’adresse aux représentant·es des ministères des Affaires étrangères et de l’Intérieur, réuni·es devant le Conseil d’État, vendredi 3 octobre. Comme d’autres Palestinien·nes, elle a fait un recours contre la décision de l’ex-futur ministre démissionnaire des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, de suspendre les évacuations depuis Gaza.
Il y a deux mois, le 1er août, le locataire du Quai d’Orsay, interrogé par Franceinfo, décidait de rompre toutes les démarches en cours pour faire sortir des Palestinien·nes de l’enfer génocidaire. Jean-Noël Barrot motivait sa position par une polémique nourrie par l’extrême droite. La fachosphère avait remis à la surface médiatique des propos antisémites tenus par une étudiante gazaouie, arrivée en France quelques semaines plus tôt via une évacuation.
« Aucune opération de ce type, aucune évacuation d'aucune sorte ne se tiendra tant que nous n'aurons pas tiré les conséquences de cette enquête », affirme alors le ministre. Les conséquences sont immédiates. Une évacuation prévue le 6 août est annulée.
Annick Suzor, physicienne et membre du réseau MEnS (Migrants dans l'enseignement supérieur) confirme à Politis : « 18 étudiant·es devaient être évacués le 3 août et arriver à Paris le 5. Ils et elles ont reçu un message du consulat trois jours avant disant que tout était annulé. » Aucune évacuation n’a repris depuis alors que d’autres dossiers sont prêts. « Une trentaine d’autres dossiers réunissent toutes les conditions strictes exigées par la France pour l’évacuation » poursuit-elle.
Ni « obligation », ni humanitéDeux mois après cette suspension, devant le Conseil d’État, la requérante demande la réunification familiale et l’évacuation de sa famille coincée à Gaza. La représentante du ministère des Affaires étrangères regarde sa feuille et lit les arguments qu’elle a déjà évoqués tout au long de l’audience. « Aussi tragique que soit la situation à Gaza », la France n’aurait « pas d'obligation d'évacuation ».
Elle invoque aussi la nécessité qu’aurait eu le ministre de « préserver l'ordre public » après la polémique estivale colportée par l’extrême droite et la « dépendance » aux autorités israéliennes pour les opérations d’évacuation.
Sur les bancs du public, les personnes venues assister à la séance, pour la plupart engagées dans des collectifs de soutien aux Palestinien·nes, soufflent. Les associations requérantes et celles venues en soutien ont exprimé à
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