Le fantôme de Franco hante toujours l’Espagne

Cinquante ans après la mort du dictateur, l’ancien roi Juan Carlos publie un livre de mémoires qui ravive les polémiques. Alors que le parti d’extrême droite Vox progresse, le pays oscille entre les conquêtes démocratiques d’une société transformée et les persistances d’un héritage franquiste.

Pablo Castaño  • 20 novembre 2025 abonné·es
Le fantôme de Franco hante toujours l’Espagne
À Barcelone, manifestation de militants de Vox accusant Pedro Sanchez de corruption. 61,7 % des électeurs de ce parti considèrent les années de la dictature comme « bonnes » ou « très bonnes ».
© Marc Asensio / Nur Photo via AFP

L’ancien roi d’Espagne Juan Carlos de Borbón secoue la politique outre-Pyrénées avec la publication d’un livre de mémoires, écrit conjointement avec Laurence Debray et publié en France le 5 novembre. Dans une récente interview, le président du gouvernement Pedro Sánchez a réagi en déclarant qu’il « ne le recommandera pas pour Noël ». La publication de Réconciliation (Stock) arrive peu avant le 50e anniversaire de la mort du dictateur Francisco Franco, le 20 novembre 1975. Cette date marque également l’accession au trône de Juan Carlos, nommé successeur par le Caudillo, qui a régné sur ­l’Espagne jusqu’à son abdication en 2014, au milieu de graves accusations de corruption.

L’ancien roi affirme que le livre ne sortira pas en Espagne avant le mois de décembre, afin de ne pas interférer avec la commémoration du demi-siècle de monarchie constitutionnelle – célébrations dont son fils, Felipe VI, l’a exclu. Mais, en Espagne, tout le monde parle déjà de cet ouvrage rempli de déclarations polémiques et d’éloges adressés à Franco. L’impact du livre, écrit depuis l’« auto-exil » de Juan Carlos à Abou Dabi, rappelle que l’ombre du dictateur, cinquante ans après sa mort, continue de se projeter sur la politique et la société espagnoles. Et pas seulement sur la monarchie.

Une démocratie libérale

En 1982, quand le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) triomphe aux élections générales, Alfonso Guerra, membre éminent du PSOE et futur vice-président du premier gouvernement socialiste, qui marquera la fin de la transition démocratique, déclarait alors avec euphorie : « L’Espagne, même sa propre mère ne la reconnaîtra pas. »

De fait, sur le plan politique, le pays est aujourd’hui une démocratie libérale comparable à celles du reste de l’Europe. Le PSOE, interdit durant la dictature, est le parti qui a passé le plus de temps au pouvoir depuis les années 1970 – après avoir abandonné le marxisme. En outre, la Constitution de 1978 a instauré un modèle territorial quasi fédéral, accordant un haut degré d’autonomie aux régions – à l’opposé du centralisme franquiste, fortement nationaliste.

Les ­langues minoritaires (catalan, basque et galicien) bénéficient désormais d’une protection légale et de politiques favorisant leur usage, réprimé sous le général Franco, même si ce sujet reste un terrain de confrontation entre la gauche et la droite, cette dernière étant plus réticente à promouvoir ces langues. Les partis nationalistes catalans, basques et galiciens ont été décisifs pour la formation de gouvernements successifs, tant avec le PSOE qu’avec le Parti populaire (PP), qui a su modérer son nationalisme espagnol lorsque l’arithmétique parlementaire l’exigeait.

L’Église catholique, qui a été

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