Enfermés, relâchés, expulsés : en France, des Palestiniens dans la machine administrative

Dimanche 21 septembre, Politis a rencontré deux jeunes Palestiniens enfermés dans la zone d’attente de l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle, à l’occasion d’une visite de la députée Gabrielle Cathala (LFI). L’un d’eux s’y trouve toujours. Comme les autres étrangers qui y sont enfermés, pour la plupart demandeurs d’asile, il craint l’expulsion.

Pauline Migevant  • 22 septembre 2025 abonné·es
Enfermés, relâchés, expulsés : en France, des Palestiniens dans la machine administrative
Les cabines depuis lesquelles les personnes peuvent passer des appels.
© Pauline Migevant

Il faut passer devant plusieurs panneaux annonçant le « meilleur aéroport du monde » pour parvenir à la « zone d’attente » (1) de Paris-Charles de Gaulle, l’aéroport à une trentaine de kilomètres au nord de Paris, à Roissy. Dans le réfectoire du bâtiment, les chaises et les tables sont fixées au sol. Un purificateur d’air tourne.

Aucune des fenêtres ne s’ouvre, pas plus ici que dans les chambres. Une mesure de « sécurité » depuis qu’une personne a tenté de s’évader il y a deux ans, en brisant une vitre et en s’échappant par le toit. Dans le bâtiment, une voix sort des haut-parleurs : plusieurs personnes sont priées de se rendre à l’accueil.

Garde à vue après refus d’embarquer

Ici, les personnes enfermées sont appelées « les non-admis », ou les « hébergés ». Parmi eux, Khaled* et Hamza, 25 ans tous les deux. Ces Palestiniens sont arrivés jeudi dernier de La Havane (Cuba), où ils ont étudié la médecine. Ils veulent rejoindre des amis et de la famille en Espagne, pour travailler mais n’ont pas eu de visa. Khaled a tout pris avec lui, son diplôme de l’université cubaine format A3, l’original. Son certificat de naissance palestinien. Des attestations de résidence de sa famille qui a obtenu la protection internationale en Espagne.

En Cisjordanie, un soldat de l’armée d’occupation israélienne a menacé son père, travailleur dans une entreprise de télécommunication, de lui tirer dessus s’il ne collaborait pas. Le père de Hamza, lui, était médecin dans un des nombreux hôpitaux de la bande de Gaza détruits par l’armée israélienne. Ça fait plus de trois semaines qu’il n’a pas eu de nouvelles. Pour l’instant, les deux amis sont coincés là. Hamza a déjà été mené une fois à l’aéroport pour être renvoyé à Cuba, il a refusé.

Tout ce système d’enfermement participe à la criminalisation des personnes en migration.

L. Palun

Plus tôt dans la semaine, ils ont croisé une femme et sa fille de 11 ans, elles aussi palestiniennes. Elles ont été mises en garde à vue après avoir refusé quatre vols, une infraction. Au téléphone, Laure Palun, directrice de l’Anafé, association qui accompagne certaines personnes au sein de la zone d'attente, a réagi : « Elles ont refusé d’embarquer parce qu’elles avaient peur de repartir ce qui les a conduites en garde à vue. Tout ce système d’enfermement participe à la criminalisation des personnes en migration. »

L'acte de naissance palestinien de Khaled. (Touts photos : Pauline Migevant.) Enfants enfermés

Les personnes retenues peuvent aller dans la « zone détente », aussi appelée « jardin » : un espace confiné par des grillages, qui donne sur une piste d'atterrissage. Trois personnes sont assises sur un banc. Sarah*, à peine la vingtaine, ne sait pas si ses proches savent qu’elle est ici. Probable que non. Quand elle a été emmenée dans la zone, elle a dû remettre son téléphone à la police, comme tout le monde. Comme dans les autres lieux d’enfermement administratif en France : les portables pouvant prendre des photos sont interdits. Il y a des cabines à disposition, mais Sarah ne connaît pas par cœur le numéro de ses proches et n’a pas osé demander à la police si elle pouvait consulter son répertoire.

« Il y a pas mal de punaises qui sont là dans la chambre », dit un homme qui s’est réveillé ce matin avec des piqûres sur le corps. Sa demande d’asile a été rejetée et le juge a prolongé pour huit jours son enfermement, commencé il y a quatre jours. Il dit qu'il tient le coup, mais que les enfants lui font de la peine. À quelques mètres, deux fillettes venues de Madagascar, environ 3 et 5 ans, jouent sur une maigre structure conçue pour faire du sport.

Ce qu’on a fui là-bas nous poursuit ici.

« On remercie Dieu, d’autres enfants ont été libérés ce matin », dit-il. « Libérés ou emmenés à l’aéroport… », fait remarquer Sarah. Le premier homme poursuit : « De là où on vient, chacun de nous a fui quelque chose qui porte atteinte à la vie humaine. Mais ce qu’on a fui là-bas nous poursuit ici. » Les derniers chiffres disponibles concernent l’année 2023 durant laquelle 2 873 personnes ont été enfermées à Roissy. Le jour de la visite, il y avait près de 130 personnes, dont au moins quatre enfants en bas âge avec leur famille.

La zone "détente". (Toutes photos : Pauline Migevant.)

Un espace de la zone d’attente géré par la Croix-Rouge est dédié aux mineurs isolés, trois ce dimanche. L’un d’eux est un ado péruvien de 17 ans. « Il ne lui manquait que 40 euros [sur la somme nécessaire aux étrangers pour venir dans l’espace Schengen] », dit l’employée de la Croix-Rouge d’un air désolé… Il risque d’être expulsé au Pérou alors que sa mère est en Italie. « Pourquoi on ne l’expulse pas en Italie ? » demande la députée Gabrielle Cathala (France insoumise) venue faire une visite parlementaire

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