« Les inégalités de richesse sont les inégalités des chances de demain »

Le constat de la nouvelle édition du « Rapport sur les inégalités mondiales » est accablant : partout dans le monde, les écarts de patrimoine se creusent. Lucas Chancel, économiste et coordinateur de ce rapport, décrypte ce constat.

Pierre Jequier-Zalc  • 17 décembre 2025 abonné·es
« Les inégalités de richesse sont les inégalités des chances de demain »
Dans le monde, 10 % de la population détient trois quarts des richesses.
© Xose Bouzas / Hans Lucas via AFP

Ce sont des chiffres qui donnent le tournis. Dont on a même du mal à saisir l’ampleur. 56 000 personnes – un « stade de foot » métaphorisent les auteurs – détiennent trois fois plus de richesses que la moitié de l’humanité. Une donnée, parmi tant d’autres, du troisième volet du « Rapport sur les inégalités mondiales », un travail colossal, réalisé par plus de 200 chercheurs internationaux, aux conclusions alarmantes : « Les inégalités, […] en 2025, ont atteint des niveaux qui nécessitent une attention urgente. »

Des inégalités entre les pays, mais aussi en leur sein. Et la France ne déroge pas à cette dynamique qui met à mal l’égalité des chances et l’émancipation par le travail. Mais Lucas Chancel le martèle : cette situation n’a rien d’inéluctable. Car, si elle est la conséquence de choix politiques, cela veut dire que d’autres politiques publiques pourraient changer la donne.

Votre rapport est extrêmement fourni en données et brosse un panorama mondial des inégalités particulièrement saisissant. Que faut-il retenir, selon vous, de ce nouveau volet ?

Lucas Chancel : Le système économique mondial est en train de scier la branche sur laquelle il est assis. Il produit les pollutions qui détruisent le vivant – et ainsi ses fondements – et il crée des inégalités qui fracturent nos sociétés. La dynamique de réduction de l’extrême pauvreté du début des années 2000 n’existe plus. En parallèle, tout en haut de la pyramide, on observe une envolée des fortunes des ultra-riches. Les inégalités se creusent par le haut, alors que le bas reste bloqué.

Comment expliquer cette dynamique qui aboutit à une concentration extrême des richesses ?

C’est le fruit d’un monde qui reste très inégal. 10 % de la population mondiale détient trois quarts de tout ce qu’il y a à posséder. Les inégalités dans le monde sont plus importantes aujourd’hui qu’au début du XXe siècle.

Cette concentration résulte, évidemment, d’une dimension historique dans l’organisation des ressources. C’est-à-dire que, d’un point de vue économique, nous ne sommes pas pleinement sortis de l’épisode colonial. Les pays

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