À Nantes, la socio-esthétique apaise les corps des demandeurs d’asile

Bulle de douceur, le travail de la socio-esthéticienne du centre d’accueil des demandeurs d’asile complète l’approche des travailleuses sociales en redonnant au corps la place centrale qu’il mérite, et à la personne, un temps pour soi.

Elsa Gambin  • 2 décembre 2025 abonné·es
À Nantes, la socio-esthétique apaise les corps des demandeurs d’asile
© Elsa Gambin

L’espace n’est pas grand, mais chaleureux. La salle d’attente du centre d’accueil des demandeurs d’asile (Cada), centrale et lumineuse, est jonchée de jouets d’enfants. Dans chaque bureau, un mur coloré et des affiches inclusives. Ce jour-là, dans celui du fond, Julie Viau installe sa table de massage, un plaid, et toutes sortes d’huiles, de crèmes et d’ustensiles de soin. De la musique douce s’échappe de son enceinte portative. La socio-esthéticienne propose au choix un massage du dos ou du visage, ou bien un soin des mains. La première jeune femme qui arrive au rendez-vous paraît timide.

De sa voix réconfortante, la professionnelle l’invite à se laisser aller. « Trouve une position qui te convient. Respire à fond. Est-ce que tu as mal quelque part ? Tu peux faire confiance à mes mains, on va faire quelque chose de tout doux. » Allongé sur le ventre, le corps « tout verrouillé et tendu » de la jeune femme semble se détendre au fur et à mesure. La socio-esthéticienne fait silence et, dans cette bulle sensorielle aux effluves de noix de macadamia, le lâcher-prise finit par être total.

Monsieur S., trentenaire d’origine guinéenne, a lui aussi déjà profité de cet atelier un peu particulier. « J’ai dû quitter mon pays à cause de problèmes avec notre autorité. Face à une menace d’exécution, j’ai dû sauver ma vie. » Son corps a gardé des séquelles des tortures et des coups de matraque reçus par « les forces de l’ordre » à la suite de plusieurs arrestations. Les compétences de Julie Viau ont permis à Monsieur S. de souffler provisoirement. « Le massage du dos fait du bien à mon corps, parfois pendant plusieurs jours. »

Le rapport au corps et l’estime de soi sont essentiels dans un parcours de réinsertion.

C. Kullmann

« Le corps est un outil pour se sentir mieux et améliorer l’estime de soi, explique Clotilde Kullmann, directrice de Menthe poivrée, association nantaise regroupant des socio-esthéticiennes, dont Julie Viau est cofondatrice. Dans les structures sociales ou médico-sociales où nous intervenons, ce type de pratique, une forme d’approche psychosociale positive qui allie le verbal et le thérapeutique, prend tout son sens. L’approche corporelle permet de travailler l’approche verbale. Des choses se déclenchent en séance. Le rapport au corps et l’estime de soi sont essentiels dans un parcours de réinsertion. »

CCAS, accueil de jour familles, personnes migrantes, sans domicile, au chômage et/ou marginalisées, services d’oncologie, de psychiatrie ou Ehpad, la socio-esthétique, spécialisation du métier d’esthéticienne, permet un accompagnement corporel individualisé de la souffrance et de la douleur. Une bulle de bien-être, dans un moment de vie souvent très

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Candidats victimes de racisme : « Aux municipales, on doit souvent prouver beaucoup plus que les autres »
Enquête 3 mars 2026 abonné·es

Candidats victimes de racisme : « Aux municipales, on doit souvent prouver beaucoup plus que les autres »

Cyberharcèlement raciste, appels haineux et menaces de mort : à mesure que la campagne des municipales s’intensifie, les candidat.e.s non blancs sont pris pour cible. Des attaques qui révèlent le quotidien des candidat.e.s racisé.e.s en politique.
Par Kamélia Ouaïssa
En CRA, le double enfermement des personnes psychiatrisées
Analyse 27 février 2026 abonné·es

En CRA, le double enfermement des personnes psychiatrisées

En centre de rétention administrative, les personnes souffrant de troubles psychiatriques sont de plus en plus nombreuses. Parfois arrêtées directement à la sortie de l’hôpital psychiatrique, elles risquent, une fois en CRA, d’être placées à l’isolement. Ce qui aggrave leur santé mentale.
Par Pauline Migevant
Ahmed N. voulait « soigner sa tête » : à Calais, les exilés abandonnés face aux souffrances psychologiques
Enquête 27 février 2026

Ahmed N. voulait « soigner sa tête » : à Calais, les exilés abandonnés face aux souffrances psychologiques

Ahmed N., un exilé érythréen souffrant de troubles psychologiques, est mort sur un parking près de Calais en mai dernier. Malgré les alertes, les associatifs ont fait face à de nombreux dysfonctionnements venant de l’hôpital de Calais concernant sa prise en charge.
Par Maël Galisson
Minute de silence pour Quentin Deranque : « Une ligne rouge a été franchie »
Polémique 25 février 2026 abonné·es

Minute de silence pour Quentin Deranque : « Une ligne rouge a été franchie »

Offusqué·es par la minute de silence observée à l’Assemblée nationale pour Quentin Deranque, y compris à gauche, plusieurs citoyen·nes ont écrit à leur député·e pour l’interpeller.
Par Pauline Migevant