Bande de Gaza : l’école à tout prix

Dans l’enclave palestinienne, les enfants retournent progressivement en classe depuis la signature du fragile cessez-le-feu, le 10 octobre dernier. Les leçons se tiennent dans des établissements où vivent encore des déplacés, ou sous des tentes fragiles plantées au cœur des dizaines de camps du territoire.

Céline Martelet  et  Shrouq Aila  • 7 janvier 2026 abonné·es
Bande de Gaza : l’école à tout prix
En novembre 2025, dans une école transformée en camp de déplacés à Deir al-Balah.
© Shrouq Aila

Vue de l’extérieur, cette classe ressemble à n’importe quelle salle d’un établissement scolaire. Des adolescents sont assis sur des bancs derrière des bureaux en bois. Ils écoutent attentivement leur professeur de mathématiques. Mais ces élèves n’ont pas de cartable et seulement un grand cahier devant eux. Les traits de leurs visages trahissent l’épuisement accumulé après plus de deux ans de guerre et de siège total. Certains enfants se serrent à quatre sur des bancs en bois conçus pour n’en accueillir que deux.

Au début j’avais très peur de venir dans cette école à cause des bombardements.

Mira

Leur école est toujours un camp de déplacés de Deir al-Balah. Seules deux classes ont pu rouvrir, les autres hébergent toujours des familles. « Je suis retournée à l’école il y a deux semaines, je suis très contente », confie Mira, 10 ans. La petite fille a déjà choisi son futur métier : traductrice. « Je dois apprendre pour avoir un avenir. Pour dire la vérité, au début j’avais très peur de venir dans cette école à cause des bombardements. Mais la peur est partie maintenant : je dois continuer à venir ! »

Après le 7 octobre 2023, l’armée israélienne a presque systématiquement pris pour cibles les établissements scolaires de la bande de Gaza. Dans les communiqués qui suivaient, la présence supposée « d’une base du Hamas » était constamment évoquée pour justifier ces attaques. Dans un rapport publié en juin dernier, trois enquêteurs indépendants mandatés par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU accusent Israël de crimes de guerre et de « crime contre l’humanité d’extermination […] en tuant des civils réfugiés » dans des salles de classe. Ils affirment également que 90 % des écoles et des universités de la bande de Gaza ont été visées par des attaques israéliennes. Aucun établissement n’a été épargné.

À Gaza City, l’une des plus anciennes écoles de l’enclave palestinienne a récemment rouvert ses portes. Elle accueille pour le moment 250 enfants. « La plupart n’ont été ni à l’école maternelle ni à la crèche. Alors leur niveau est extrêmement faible », assure Ala Abu Sido. La maîtresse s’occupe de filles et de garçons de 8 ans. « Malheureusement, nous n’avons pas la capacité d’accueillir tout le monde ;

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