« Father Mother Sister Brother », sentiments filiaux
Jim Jarmusch signe un film en trois mouvements à la mélancolie souriante.
dans l’hebdo N° 1896 Acheter ce numéro

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À la dernière Mostra de Venise, les deux plus grands prix du palmarès étaient clivés. D’un côté, La Voix de Hind Rajab, de Kaouther Ben Hania, une tragédie d’actualité avec un sens de l’émotion à tout prix. De l’autre, Father Mother Sister Brother, de Jim Jarmusch, une variation sur les relations filiales, avec un casting cinq étoiles et la participation financière de Saint Laurent Productions. Le second a reçu la plus haute distinction, le Lion d’or, le Lion d’argent revenant au premier. Décision heureuse.
Heureuse parce qu’il fallait bien qu’une récompense majeure dans un festival de premier plan, après quatorze longs métrages de fiction et à 72 ans, vienne un jour consacrer le cinéma d’un Jim Jarmusch trop vite catalogué nonchalant ou dandy. Non que ces qualificatifs soient inadaptés. Mais ils ne sont pas vrais pour tous ses films et, surtout, ne le résument nullement. Par exemple, le journaliste Philippe Azoury (qui fait une apparition dans ce nouveau film) a donné pour titre à l’essai qu’il lui a consacré en 2016 Jim Jarmusch, une autre allure (Capricci) : il soulignait là un rapport particulier au temps.
De même, il est paresseux de qualifier Father Mother Sister Brother de mineur. Peut-être l’adjectif a-t-il été employé parce que le film se présente sous la forme de trois sketchs à l’intrigue minimaliste. Jeff (Adam Driver) et Emily (Mayim Bialik) rendent visite à leur vieux père (Tom Waits), qui habite dans une maison isolée à la campagne, dans le nord-est des États-Unis. Puis deux sœurs aux caractères opposés, Timothea (Cate Blanchett) et Lilith (Vicky Krieps), prennent le thé chez leur mère (Charlotte Rampling), un rituel qui n’a lieu qu’une fois par an alors qu’elles habitent toutes trois à Belfast. Enfin, Skye (Indya Moore) et Billy (Luka Sabbat), dont les parents ont récemment
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