La Digue : « Ce qui se joue aux États-Unis nous concerne ici »
Face à l’offensive réactionnaire et raciste lancée par Donald Trump aux États-Unis, La Digue appelle à un rassemblement ce mercredi 28 janvier à Paris.

La première puissance du monde est entrée dans la zone de tous les dangers. Ce constat n’a rien d’une posture idéologique : il s’impose à la lecture des faits, à la vue des images, à l’écoute des discours venus de Washington. Depuis plusieurs semaines, l’administration américaine donne à voir une dérive autoritaire d’une brutalité assumée, où la force armée se substitue au droit, et où l’exécutif revendique l’impunité comme mode de gouvernement de la population installée sur son territoire.
Le 7 janvier, à Minneapolis, Renée Good était abattue d’un tir à vue, à bout portant, par un agent fédéral. Le 24 janvier, un second assassinat, celui d’Alex Pretti, venait confirmer ce que nombre d’observateurs·rices dénoncent désormais ouvertement : l’extension d’un permis de tuer accordé à des forces fédérales dotées de pouvoirs exorbitants.
Les images diffusées par plusieurs médias étasuniens sont difficilement soutenables. On y voit une dizaine d’agents plaquer un homme au sol, le rouer de coups, puis tirer — presque à tour de rôle — sur ce corps déjà immobilisé. Une exécution. Les mots ne sont pas trop forts, et ceux employés par de nombreux commentateurs dans les médias français sont en deçà de la réalité.
La Maison Blanche s’est empressée de justifier l’intervention, affirmant que l’homme avait l’intention d’assassiner des membres des forces de l’ordre et de « causer le chaos ». Une rhétorique désormais bien rodée, que l’on retrouve dans les communiqués du Département de la sécurité intérieure et dans les éléments de langage repris en boucle par les chaînes conservatrices.
Or, comme l’ont rappelé des juristes cité·es par le New York Times ou l’Associated Press, quelle qu’ait pu être l’intention supposée d’Alex Pretti, elle ne saurait en aucun cas justifier une exécution sommaire. L’État de droit ne repose pas sur la présomption de culpabilité armée.
Cette violence s’inscrit dans une stratégie politique plus large. Les journalistes de ProPublica et de la Columbia Journalism Review ont récemment documenté la normalisation de la violence policière et l’affaiblissement systématique des contre-pouvoirs institutionnels. Les syndicats d’avocat·es, les organisations de défense des droits civiques comme l’ACLU, mais aussi des voix issues de la magistrature, tirent la sonnette d’alarme.
Quand la première puissance mondiale piétine ouvertement ses principes, c’est l’ensemble des démocraties libérales qui vacillent.
À l’extérieur comme à l’intérieur des frontières, Donald Trump, le chef de file de ce qu’il faut bien maintenant appeler une internationale néofasciste s’affranchit de toutes les règles du droit. Brésil, Hongrie, Argentine, Chili, alors que le continuum réactionnaire s’étend au monde entier, les États-Unis ne sont pas une exception isolée, mais ils constituent un laboratoire à ciel ouvert. Et quand la première puissance mondiale piétine ouvertement les principes qu’elle prétend incarner, c’est l’ensemble des démocraties libérales qui vacillent.
Et pourtant, les États-Unis n’ont pas encore totalement basculé. Des millions de manifestant·es descendent dans les rues de New York, Chicago, Los Angeles, Atlanta,Seattle ou Minneapolis. Ils et elles usent de leurs droits civiques et démocratiques pour résister. Les images de ces foules rappellent que la société civile états-unienne reste profondément vivante.
Des enseignant.e.s, des soignant.e.s, des dockers, des étudiant.e.s, des collectifs antiracistes et féministes, des individus de toutes origines et classes sociales, s’organisent et s’expriment souvent pour la première fois et parfois au prix de lourdes répressions. Face à elles et eux, Donald Trump flatte ses troupes, galvanise ses électeurs·rices les plus radicalisé·es et encourage une polarisation qui confine à la guerre civile larvée.
Le peuple américain a besoin de notre solidarité. Non d’une solidarité abstraite ou condescendante, mais d’un soutien concret, internationaliste, lucide. Nous voulons qu’il sache que nous sommes à ses côtés pour défendre les principes de l’État de droit, aujourd’hui menacés partout. Car ce qui se joue là-bas nous concerne ici. Les lois sécuritaires, l’obsession migratoire, la criminalisation des mouvements sociaux, la délégitimation de la presse : ces dynamiques traversent aussi l’Europe et la France.
Plus que jamais, il est urgent de regrouper les femmes et les hommes conscients du grave danger qui sévit là-bas et qui approche ici. Face à la banalisation de la violence d’État, face à l’impunité revendiquée, face à la tentation autoritaire, il n’y a qu’une réponse possible : la mobilisation populaire, démocratique, déterminée.
C’est dans cet esprit que La Digue appelle à un rassemblement le mercredi 28 janvier à 18h30, au 37 quai d’Orsay (Paris 7ᵉ). Pour dire non aux exécutions sommaires. Non à la brutalité comme politique publique. Non à l’internationale de la haine. Et pour affirmer, ensemble, que la solidarité entre les peuples reste notre meilleure arme contre la peur et la résignation.
Des contributions pour alimenter le débat, au sein de la gauche ou plus largement, et pour donner de l’écho à des mobilisations. Ces textes ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction.
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