Contre Trump, des villes et des États entrent en résistance

Pour limiter les conséquences des politiques menées par le président américain, certains élus tentent non sans mal de jouer de leur pouvoir, comme le prévoit le système fédéral.

Edward Maille  • 14 mai 2025 abonné·es
Contre Trump,  des villes et des États entrent en résistance
© Probal Rashid / NurPhoto / AFP

Devant plusieurs gouverneurs réunis à la Maison Blanche, Donald Trump fait ce qu’il sait si bien faire : se vanter. Cette fois-ci, c’est au sujet de l’interdiction récente pour les athlètes transgenres de participer à des compétitions féminines. Il interroge l’assistance, ce 21 février : « Est-ce que [l’État] du Maine est ici ? La gouverneure du Maine ? » Une association éducative et sportive de l’État avait en effet annoncé son intention de laisser les athlètes transgenres prendre part aux compétitions.

Le président tourne alors la tête vers Janet Mills, la gouverneure démocrate. « Est-ce que vous allez vous y conformer ? » « Je me conforme aux lois de l’État et fédérales », lui répond-elle. « Nous sommes la loi fédérale, tranche le président. Vous avez intérêt à le faire, sinon vous n’allez recevoir aucun financement fédéral. » L’élue lui répond : « Nous nous verrons au tribunal. »

L’échange est à l’image des batailles auxquelles se sont livrés ces dernières semaines plusieurs États dirigés par des Démocrates, pour tenter de contrecarrer les politiques du président ou d’en limiter les conséquences. « Les États et les villes sont en première ligne pour lutter contre les efforts du second gouvernement Trump pour réduire nos droits », peut-on lire sur le site de l’organisation progressiste pour les libertés individuelles Aclu, qui explique avoir travaillé « depuis plus d’un an » à élaborer « un guide pour bloquer et perturber l’agenda radical de Trump », et ainsi offrir des « outils pour protéger les droits reproductifs, les droits des immigrés, la liberté d’expression et plus encore ».

Les Démocrates sont en minorité à la Chambre des représentants et au Sénat, ce qui leur laisse des marges de manœuvre réduites pour s’opposer aux législations républicaines. Mais le système fédéral américain leur offre la ­possibilité de mener leurs propres politiques dans certains domaines, voire de refuser de coopérer avec les politiques fédérales (au niveau national).

Une de ces politiques concerne l’expulsion des personnes sans titre de séjour. Les autorités nationales de l’immigration (ICE) peuvent procéder à des arrestations avec leurs agents, dont le nombre est toutefois bien inférieur à celui des forces de l’ordre locales dans le pays. Les premières disposent de près de 20 000 agents, tandis que les secondes en rassemblaient quelque 473 000 en 2022. Pour mettre en œuvre sa promesse d’expulser les 13 millions de personnes sans titre de séjour, selon les estimations, Donald Trump a donc besoin de la coopération des autorités locales.

Mais treize États (dont la Californie, le Colorado et New York) et des centaines de villes et comtés étaient considérés comme des « sanctuaires », d’après des données récoltées début mars par le Center for Immigration Studies (think tank indépendant en faveur d’une forte diminution du nombre d’immigrants). « Un État est parfaitement libre de refuser d’aider le gouvernement fédéral à faire quelque chose », explique Jeff Schmitt, professeur de droit à l’université de Dayton.

Les formalités varient en fonction des lieux, mais il est possible d’adopter des mesures pouvant réduire l’efficacité des autorités nationales de l’immigration, sans toutefois les empêcher totalement d’agir.

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