La police tue (encore)

El Hacen Diarra, 35 ans, est mort après une interpellation policière, dans la nuit du 14 au 15 janvier. Son décès, peu relayé par les politiques et les médias, témoigne une nouvelle fois de l’indifférence française au sujet des violences policières racistes.

Pierre Jacquemain  • 20 janvier 2026
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La police tue (encore)
Manifestation contre les violences policières, à Paris, le samedi 23 septembre 2023.
© Maxime Sirvins

La mort d’El Hacen Diarra, survenue dans la nuit du 14 au 15 janvier au commissariat du XXe arrondissement de Paris, n’a pas provoqué l’onde de choc que l’on aurait pu attendre à la suite d’un tel drame. Un homme de 35 ans, Mauritanien, interpellé devant son foyer de travailleurs migrants, placé en garde à vue, puis rendu mort à sa famille.

Les circonstances sont suffisamment troubles pour que celle-ci ait déposé plainte pour violences volontaires ayant entraîné la mort. L’enquête, confiée à l’IGPN, se heurte déjà à une difficulté bien connue : l’écart entre les versions officielles, les images diffusées sur les réseaux sociaux et les témoignages concordants. 

Ce silence constitue un fait politique. Il révèle une hiérarchie implicite des vies.

Pourtant, au-delà de quelques cercles militants et associatifs, l’affaire peine à exister dans l’espace public. Ce silence constitue un fait politique. Il révèle une hiérarchie implicite des vies dignes d’indignation, où certaines morts deviennent des scandales mondiaux quand d’autres disparaissent dans les méandres de la bureaucratie. Il y a quelques jours encore, la France s’émouvait à juste titre de la mort de Renee Good, femme blanche tuée en pleine rue par plusieurs balles tirées par un agent américain de l’ICE. Indignation unanime, condamnations officielles, mobilisation médiatique.

Quelques jours auparavant, la mort de Keith Porter à Los Angeles, lui aussi par un agent de l’ICE, n’avait pas suscité la même ferveur. Serait-ce parce qu’il était noir ? Cela ne fait aucun doute tant cette indignation à géométrie variable a déjà été observée. Et a même déjà été très largement documentée.

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L’histoire se répète donc et le mécanisme est connu : les violences policières sont plus facilement dénoncées lorsqu’elles se produisent « ailleurs ». Elles deviennent le symptôme d’un mal étranger. Que l’on ne saurait voir ou transposer « ici ».

Lorsqu’elles surviennent chez nous, elles sont souvent individualisées – surtout, ne jamais évoquer le « problème systémique » sous peine d’être taxé d’affreux gauchiste anti-flic – et diluées dans un vocabulaire administratif de « l’intervention proportionnée ». Pourtant, les chiffres sont têtus, et nos ami·es de Basta! et d’autres collectifs de recensement documentent depuis des années les décès liés aux interventions policières en France.

La mort d’El Hacen Diarra sera, au mieux, reléguée au rang de fait divers embarrassant.

Tirs, interpellations musclées, morts en garde à vue, corps qui ne ressortent pas vivants de ce que l’État nomme des « opérations de maintien de l’ordre ». Des morts qui ne sont pas des accidents isolés mais qui dessinent une funeste régularité.

Décalage révélateur

Ainsi la mort d’El Hacen Diarra aurait pu, aurait dû, être un moment de rupture – comme on se le dit à chaque mort. Les responsables politiques, à défaut d’être convaincus par le caractère systémique des violences policières – et du racisme dans la police –, devraient a minima interroger les méthodes d’interpellation, le rôle de la police dans une démocratie, le contrôle effectif de l’usage de la force et la responsabilité directe de l’État lorsque la mort survient sous sa garde. Alors que la mort d’El Hacen Diarra devrait ouvrir une discussion collective exigeante, elle sera, au mieux, reléguée au rang de fait divers embarrassant.

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On pourra toujours se réjouir que des rassemblements – bien que souvent confidentiels – s’organisent pour manifester sa solidarité et aussi exprimer sa colère. La mobilisation spontanée qui s’est tenue en hommage au jeune El Hacen Diarra n’aura pourtant pas trouvé d’écho proportionné dans les sphères médiatiques et politiques dominantes.

Un décalage révélateur : l’incapacité persistante, y compris à gauche, à regarder en face ce qui dérange l’ordre établi. Le constat est sombre mais nécessaire. Tant que certaines morts resteront socialement invisibles, tant que l’indignation demeurera sélective, tant que les institutions continueront à se protéger elles-mêmes plutôt que les vies de celles qu’elles administrent, la violence policière continuera de tuer. En France comme ailleurs. Et presque toujours les mêmes !

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