L’enlèvement de Nicolás Maduro préfigure un monde dominé par la force
En tolérant l’enlèvement du président vénézuélien et de son épouse par les États-Unis, la communauté internationale ouvre la voie à un monde où la loi du plus fort pourrait définitivement supplanter l’État de droit.

© Ted ALJIBE / AFP
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Venezuela : un retour à l’ère coloniale « Donald Trump donne un permis général pour un Far West global »Les puissants ne font désormais même plus semblant. Le droit international les encombre dans leur vision géopolitique, en même temps qu’il est susceptible de les menacer individuellement. L’année 2025 s’était achevée sur le sentiment d’une impuissance du droit international à mettre un terme aux atrocités à Gaza ou encore à la guerre en Ukraine, 2026 débute par la confirmation de l’érection d’un nouvel ordre mondial qui n’en a cure. Il s’agit de la préfiguration d’un monde dominé par la force où le droit serait l’argument des plus faibles.
Cet acte intervient au mépris d’un certain nombre de principes fondamentaux.
L’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores par les États-Unis constitue indéniablement la légitimation de la loi du plus fort. En tant que tel, mais aussi parce qu’il n’a pas été unanimement condamné par la communauté internationale, il marque un précédent particulièrement dangereux de ce XXIe siècle. Cet acte intervient en effet au mépris d’un certain nombre de principes fondamentaux, dont celui de la souveraineté des États.
La Charte des Nations unies, signée à San Francisco en 1945, rappelle notamment que « les membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations unies » (article 2). C’est cette même charte qui a mis en place la Cour internationale de justice (CIJ), dans le but de gérer les différents juridiques entre États.
Non seulement cet enlèvement viole la souveraineté du Venezuela, mais il est aussi une négation de la coopération avec les autres États pour mettre un terme à des agissements qui seraient considérés comme criminels. Rappelons que le Conseil de sécurité des Nations unies n’a bien évidemment pas donné son autorisation à l’intervention militaire menée par les États-Unis, si tant est qu’il ait été consulté. La communauté internationale est donc mise devant le fait accompli.
Se prémunir contre l’arbitraire
Il faut bien comprendre que se protéger contre la loi du plus fort, c’est également se prémunir contre l’arbitraire. Qui d’autre pour s’assurer de la validité des charges contre Maduro, si ce n’est une puissance à l’origine de son enlèvement au mépris du droit international ? Sur la base de quels éléments accessibles au public le prévenu pourra-t-il être mis en cause ? Qui pour contrôler les intentions des États-Unis qui visent le régime d’un pays possédant les plus grandes réserves de pétrole du monde ? Les cas de l’Afghanistan, de l’Irak, et plus anciennement de la Grenade, devraient nous servir à mesurer le danger de telles politiques.
La réaction particulièrement servile de la France contraste sévèrement avec les idéaux qu’elle affiche.
Ce qui interroge également, c’est la réaction particulièrement servile de la France, qui contraste sévèrement avec les idéaux qu’elle affiche. Le soutien apporté à l’opération est d’autant plus cocasse que la Cour de cassation – en annulant en juillet 2025 le mandat d’arrêt visant l’ancien président syrien Bachar Al-Assad délivré en 2023 –, a réaffirmé que l’immunité fonctionnelle, comme l’immunité personnelle, sont des principes posés par la coutume internationale et qu’elles procèdent de l’égalité souveraine des États.
Or, l’immunité personnelle interdit que le chef d’État, le premier ministre ou le ministre des affaires étrangères d’un État, lorsqu’ils sont en exercice, soient poursuivis devant les juridictions d’un autre pays. Ainsi, même s’il a nuancé sa position ce lundi 5 janvier en critiquant la méthode de l’administration américaine – ce qui s’apparente à une tentative de rattrapage –, Emmanuel Macron, en déclarant que « le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir » cautionne une grave infraction au droit international portant atteinte à nos propres principes.
Le droit international n’est pas cosmétique, il est une garantie de paix et de stabilité.
Il n’est bien sûr nullement question de prétendre à l’innocence de Maduro, pas plus qu’au caractère fondé de certains griefs qui sont formulés à son encontre. La fin ne justifie cependant pas les moyens car, dans cette logique, n’importe quel pays doté d’une armée puissante pourrait décider à tout moment de neutraliser les dirigeants d’un autre État. Ajoutons que, face à la raréfaction des ressources naturelles, de tels actes ne peuvent être qu’encouragés si nous ne les condamnons pas.
De nombreuses voix s’élèvent pour apporter leur soutien aux États-Unis. Elles ne semblent pas prendre conscience que le droit international n’est pas cosmétique, il est une garantie de paix et de stabilité. Les États les plus faibles seront assurément tenus en échec si le droit international peine à régir les relations interétatiques. Dans un monde de plus en plus incertain et complexe, il demeure un repère et une garantie.
Les États-Unis eux-mêmes reconnaissent l’importance du droit – même si c’est le leur – en tentant de légitimer, a posteriori, le fait d’avoir enfreint le droit international en enlevant et inculpant Nicolás Maduro. C’est le paradoxe d’États bafouant le droit, tout en s’appuyant dessus, pour afficher un semblant de légalité à leurs agissements. Demain, la loi du plus fort pourrait ne même plus s’en embarrasser.
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