Au Soudan, le peuple pris au piège de la guerre

Depuis 2023, la population soudanaise tout entière est soumise au conflit et aux massacres auxquels se livrent les forces militaires dites régulières et leurs anciens alliés des « Forces de soutien rapide ». Elle fait face à une crise humanitaire sans précédent.

Isabelle Avran  • 30 janvier 2026 abonné·es
Au Soudan, le peuple pris au piège de la guerre
Dans le camp de réfugiés d’Al-Affad à Al-Dabbah, le 13 janvier 2026.
© Muhammed Emin Canik / Anadolu via AFP

Plusieurs dizaines de milliers de morts, autant de disparitions forcées, près de 13 millions de personnes déplacées de force, dont 8,6 millions à l’intérieur du pays et plus de 4 millions dans les pays voisins, des villages entiers détruits, et des témoignages glaçants de viols et d’atrocités commises contre les civils, en particulier contre les femmes et les enfants : au Soudan, tout un peuple se retrouve depuis avril 2023 pris au piège de la guerre que se mènent deux camps militaires rivaux, qui lui ont confisqué le pouvoir et le soumettent à leurs conquêtes.

C'est la “pire crise humanitaire et de déplacement au monde“ selon l'ONU.

Le pays est aujourd’hui plongé, selon l’ONU, dans la « pire crise humanitaire et de déplacement au monde », avec plus de 24 millions de personnes, soit près de la moitié de la population, confrontées à une insécurité alimentaire aiguë et 16 millions d’enfants ayant besoin d’une aide humanitaire urgente.

Comment en est-on arrivé là ? En avril 2019, le peuple soudanais se débarrassait enfin d’Omar El-Bechir, sous mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, après trente années de dictature. En réalité, l’armée était à la manœuvre.

La promesse de transition démocratique, avec la mise en place d’un Conseil de souveraineté composé de militaires et de civils, et un premier ministre économiste, n’aura pas tenu longtemps. Dès 2021, le général Abdel Fattah Al-Burhane s’emparait du pouvoir à la faveur d’un putsch. Ce chef de l’armée, ancien commandant militaire d’El-Bechir, qui avait dirigé les troupes dans la guerre contre le Darfour, convoite notamment les importantes richesses du pays. 

Si les principaux secteurs sont l’agriculture et l’élevage, dans le bassin du Nil, le pays regorge de ressources minières : l’or d’abord, principal minerai extrait et importante source de revenus à l’exportation, mais aussi l’argent, le chrome, le cuivre, le manganèse, le zinc… Le Soudan exporte aussi la gomme arabique, et exploite et exporte une part de ses réserves de pétrole. L’essentiel des réserves se situe au Soudan du Sud, mais ce pays dépend de son voisin du nord pour les exportations.

Depuis avril 2023, le pouvoir de Khartoum est disputé à Abdel Fattah Al-Burhane par les milices des Forces de soutien rapide (FSR), organisées autour de son ancien numéro 2, le général Mohamed Hamdan Daglo, dit Hemetti, ancien responsable des milices Janjawid, responsable de massacres de populations non arabes au Darfour. Les deux anciens alliés se mènent une guerre sans merci, dont sont massivement et terriblement victimes les populations civiles.

Crimes de guerre, crimes contre l’humanité

Lundi 19 janvier, Nazhat Shameem Khan, procureure adjointe de la Cour pénale internationale (CPI), informant le Conseil de sécurité des Nations unies, dénonçait les crimes

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Monde
Publié dans le dossier
Soudan : l'horreur sous silence
Temps de lecture : 8 minutes