Le Pen : un procès pour carburant politique

Le procès de Marine Le Pen et du FN-RN doit être le moment d’une prise de conscience : si l’extrême droite avance, ce n’est pas malgré le système, mais dans ses failles.

Pierre Jacquemain  • 13 janvier 2026
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Le Pen : un procès pour carburant politique
Rassemblement de la gauche, place de la République, le 30 juin 2024, au soir du 1er tour des législatives anticipées.
© Maxime Sirvins

Le procès qui s’ouvre aujourd’hui n’est pas seulement celui de Marine Le Pen. C’est celui d’une époque, d’un basculement lent mais désormais presque achevé : celui d’une démocratie qui s’est habituée à l’idée que l’extrême droite peut gouverner et qui regarde les affaires judiciaires non plus comme des alertes, mais comme des épisodes de communication.

Un procès pénal donc, mais aussi un procès politique, médiatique, symbolique et peut-être, paradoxalement, un accélérateur de l’histoire. Depuis plusieurs semaines, Marine Le Pen parle comme si elle avait déjà tourné la page. Ses déclarations, ses silences, ses propos contradictoires d’une semaine à l’autre laissent entendre qu’elle aurait acté, ou feint d’acter, son retrait de la prochaine présidentielle.

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Comme si l’enjeu n’était plus de gagner mais de défendre un nom, une respectabilité. Et surtout de transmettre. De passer la main à un homme de 30 ans, sans expérience, sans parcours professionnel hors de l’appareil partisan, sans autre capital que sa loyauté à une entreprise politique née de la haine des autres, entre xénophobie, homophobie et autre détestation de tout ce qui ne lui ressemble pas, à commencer par les pauvres.

Comment en est-on arrivé là ? Comment comprendre que des millions de Français soient prêts à confier les rênes du pays à Jordan Bardella ? Produit parfait d’une époque sans mémoire et sans épaisseur, où l’on confond la jeunesse avec la compétence, la communication avec la politique, l’agressivité avec le courage. Rien, semble-t-il, n’arrête le Rassemblement national. Ni les affaires, ni les contradictions, ni les reniements.

Ce qui se joue ici : la banalisation d’un projet profondément inégalitaire, autoritaire, sexiste et raciste.

Pire : les affaires nourrissent le récit victimaire, renforcent le sentiment de persécution, soudent la base électorale. Ce procès pourrait bien jouer, une fois encore, le rôle de carburant politique. Non parce que les Français seraient dupes, mais parce que le cynisme a remplacé l’indignation. Parce que la transgression est devenue une valeur. Parce que l’idée même de responsabilité publique s’est dissoute. Les digues sautent les unes après les autres, notamment à droite. Une droite qui ne se bat plus contre l’extrême droite mais qui lui court après, la rejoint, la légitime.

Une option parmi d’autres

Que François Sureau, selon les informations de La Tribune Dimanche, figure respectée, chantre de l’État de droit, ait rencontré Marine Le Pen pour l’aider dans son plaidoyer n’est pas un détail. C’est un symbole. Celui d’un monde qui a cessé de considérer l’extrême droite comme une ligne rouge et qui la traite désormais comme une option parmi d’autres, discutable, presque inévitable. Comme si Marine Le Pen, ou Jordan Bardella, y était déjà. Et face à cela, l’indignation morale ne suffit plus. La dénonciation des affaires, nécessaire, est insuffisante. Car ce qui se joue ici, ce n’est pas la culpabilité pénale d’une dirigeante, mais la banalisation d’un projet profondément inégalitaire, autoritaire, sexiste et raciste.

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Le procès de Marine Le Pen ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. Il doit être le moment d’une prise de conscience : si l’extrême droite avance, ce n’est pas malgré le système, mais dans ses failles. Et si elle devait triompher demain, ça ne sera pas seulement la faute de quelques piètres stratèges qui, à gauche, pensent pouvoir gagner tout seuls aux municipales comme ailleurs, mais par l’échec collectif à opposer une autre idée du pays, un autre récit empreint de justice sociale et de dignité humaine. Il est encore temps, mais le temps presse.

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