Conseil de la paix, Groenland, Europe : ce que Trump fait à l’Otan
L’affaiblissement progressif de l’alliance atlantique répond aujourd’hui pour le président des États-Unis à une volonté maintes fois manifestée de se débarrasser de ses obligations de solidarité à l’égard des Européens.
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© Fabrice COFFRINI / AFP
Le Forum de Davos a eu au moins un avantage. Le monde entier en est venu à s’interroger sur la santé mentale de Donald Trump. Plus que jamais, le président américain est apparu « psychiquement désorganisé », comme disent pudiquement les psys. Il a plusieurs fois confondu Islande et Groenland, il a raconté une histoire sans queue ni tête sur le prix des médicaments en France, prêté aux Somaliens un QI « extrêmement bas », avant, le lendemain sur Fox News, de manifester tout son mépris pour les soldats britanniques et français en Afghanistan en 2020, restés, selon lui, « un peu loin des lignes de front ». Les plus indulgents parlent de « déclin cognitif ».
Trump a reculé sur le Groenland, mais il n’a pas renoncé à sa chasse aux migrants dans le Minnesota et ailleurs.
Mais l’épisode a surtout révélé que Trump pouvait être mis en échec. Les Européens parlant enfin d’une voix forte, sinon unanime, bien aidés par le Canada (remarquable, le discours du premier ministre Mark Carney !), l’ont fait reculer. On ne voit pas très bien à la fin où est la « grande victoire » dont il s’est vanté à propos du Groenland, si ce n’est l’extension de la base déjà existante de Pituffik. On est loin de l’annexion tant désirée de la totalité de la grande île de l’Atlantique Nord. Une autre mauvaise nouvelle est venue des États-Unis mêmes. Après l’assassinat, le deuxième en deux semaines, d’un citoyen par la milice anti-migrants ICE, quelques grandes voix démocrates, Clinton et Obama notamment, sont enfin sorties de leur silence. Plus grave encore pour Trump et ses amis, une partie de la population est descendue dans la rue. La résistance semble s’organiser contre ces voyous encagoulés toujours promis à l’impunité.
Gardons-nous tout de même d’un diagnostic trop réducteur qui nous ferait oublier que le sociopathe de la Maison Blanche est porteur d’une idéologie politique d’autant plus redoutable que son narcissisme délirant en repousse toute limite. Il a reculé sur le Groenland, mais il n’a pas renoncé à sa chasse aux migrants dans le Minnesota et ailleurs. Pour une bonne raison que l’on est là au cœur de son idéologie raciste et fascisante. Et, comme il en a l’habitude, il a immédiatement déplacé le curseur de sa politique internationale. Il a aussitôt lancé son très inquiétant « Conseil de la paix », sorte d’ONU privatisée où les sièges s’achèteraient à des milliards de dollars, et dont il assurerait la présidence à vie. Même Poutine et Netanyahou hésitent.
Le discours trumpiste nous étourdit de rodomontades et d’inconséquences.
Reconnaissons à Macron le mérite d’avoir été le premier à dire non. Il est aussi revenu sur le dossier ukrainien, promettant cette fois encore une issue rapide. Une presse niaise ou naïve s’est empressée de dire qu’un accord était proche, tout en soulignant que la question territoriale n’était pas réglée. Bigre ! Mais c’est précisément toute la question ! Poutine peut-il accepter que le Donbass devienne une zone démilitarisée dont ses troupes se retireraient ? Peut-il se satisfaire de 30 % de cette région orientale de l’Ukraine ? Le plus probable est que Poutine balade une fois encore son ami Trump, et que celui-ci se laisse faire, tant ces deux-là partagent la même vision du monde. Bref, le discours trumpiste nous étourdit de rodomontades et d’inconséquences.
Au passage, la danse de Saint-Guy du président américain risque de faire une autre victime : l’Otan. Au prétexte de se désengager de l’Europe et de laisser les Européens se débrouiller en Ukraine, les États-Unis réduisent peu à peu leur présence au sein de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord. On devrait s’en féliciter quand on demande ici depuis près de trente ans le démantèlement de cette organisation de guerre froide. À cela près que nous ne sommes plus au temps de la guerre froide, et que l’affaiblissement progressif de l’Otan répond aujourd’hui pour Trump à une volonté maintes fois manifestée de se débarrasser de ses obligations de solidarité à l’égard des Européens. Et c’est aussi un signal appuyé en direction de son ami Vladimir Poutine. En arrière-plan du sort de l’Otan, il y a la question des fragiles garanties américaines données à l’Ukraine en cas de cessez-le-feu.
Au total, si le président américain a montré ces jours-ci ces vulnérabilités, il a aussi montré sa capacité à rebondir. Malgré des troubles psychiques qui apparaissent de plus en plus, la politique est toujours là. Au risque d’être complotiste, on peut même se demander si l’installation d’un climat de guerre civile aux États-Unis déplairait tant que ça à un homme qui voit, à mi-mandat, arriver avec inquiétude les élections. Le chaos est toujours son meilleur allié.
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