En Lozère, du boulot… mais pas de papiers

Entre attentes interminables, refus répétés et condition de vie indécentes, des dizaines de sans-papiers sont laissés sur le carreau par la politique préfectorale de Lozère. Dans un département en plein besoin de main-d’œuvre, associations et habitants dénoncent un système devenu inhumain et incohérent.

Agnès Polloni  • 9 janvier 2026 abonné·es
En Lozère, du boulot… mais pas de papiers
Vigen et Nuna Ghazaryan, à Saint-Chély d’Apcher, à proximité de leur appartement temporaire, prêté par une association d’hébergement.
© Agnès Polloni

Au sein du département le moins peuplé de France, de nombreux sans-papiers errent dans l’attente d’une régularisation leur permettant l’accès à l’emploi, au logement et à l’intégration. En septembre dernier, une cinquantaine de militants du collectif lozérien du Réseau éducation sans frontières (RESF) se réunissaient pour dénoncer les refus systématiques de régularisation des personnes sans papiers, en Lozère.

Le territoire compte 76 520 habitants et le taux de chômage est de 4,6 %, une situation de quasi-plein-emploi. Il possède de nombreux métiers liés à l’industrie, au bâtiment, aux travaux agricoles, selon une étude menée par l’Observatoire de l’emploi (1). Pourtant, aucun nouveau titre de séjour n’a été accordé en 2025, malgré la mobilisation des associations de terrain.

Au café associatif L’Ancr’ier, à Florac, six militants de RESF ouvrent la permanence mensuelle. Des jeunes de 25 à 35 ans sont attablés, prenant des notes sur des carnets écornés par le temps. Patricia Grime, l’une des militantes de la première heure, aiguille les discussions. Avec dix-huit ans d’engagement au compteur, la septuagénaire est un pilier de la lutte pour la régularisation des sans-papiers.

Un couple de nationalité albanaise se présente à la permanence. Luka* a été recruté en CDI dans le secteur du bâtiment et possède un titre de séjour travailleur, tandis qu’Éliana* peine à décrocher un emploi. La mère de famille cumule des contrats temporaires qui ne lui permettent pas l’accès à la régularisation. « Qu’est-ce qu’on demande ? », interroge Patricia Grime. Céleste* déroule le fil de ses recherches : « La procédure de regroupement familial ? » Pour cela, le conjoint doit être en situation régulière sur le territoire, ou repartir dans son pays d’origine pour en émettre la demande.

Un éclat de colère dans la voix, Luka lance : « Ça fait quatre ans qu’on est là, Éliana est ma femme, elle ne va pas repartir en Albanie. » Un silence s’installe, l’une des militantes s’adresse au couple : « C’est de pire en pire, il faut que vous en ayez conscience ; ­hormis le travail, je ne vois pas d’autre solution. » L’association comptabilise 81 fiches d’individus seuls et de familles qu’elle a accompagnés ou accompagne encore. « Certains disparaissent et ne reviennent plus », commente Patricia Grime.

Même un CDI ne suffit pas

Ali* a 35 ans et survit à Mende dans un petit appartement avec deux chambres du centre d’hébergement d’urgence (CHRS) où il cohabite avec quatre personnes. Vêtu d’un survêtement rouge et noir, il parcourt les lieux d’un regard las. Le trentenaire a quitté le Burkina Faso en 2022 pour venir en France, où il rêvait de devenir footballeur professionnel, sa passion. Quittant la capitale pour le département le moins peuplé de France, il décroche en 2023 un emploi en CDI dans une entreprise de nettoyage du département. Le recruteur entame les démarches de régularisation, mais le titre de séjour lui est refusé.

Les consignes sont de recruter des personnes au chômage ou au RSA, mais pas des gens d’autres pays.

C. Sauvion

Dans le document transmis, la préfecture justifie son refus en avançant qu’Ali « n’aurait pas émis la demande d’asile, et qu’il n’est pas en mesure de prouver le

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