Derrière Epstein, la violence des hommes
La publication des Epstein Files ravive la question des violences sexuelles et met en lumière un système d’impunité mondiale. Ces révélations interrogent la responsabilité des institutions, des médias et d’un ordre social marqué par la domination masculine.
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© Martin BUREAU / AFP
La publication des Epstein Files est au cœur de l’actualité et son impact dépasse les frontières américaines tant le réseau du pédocriminel est tentaculaire. Des années seront nécessaires pour faire la lumière sur la nature des relations qu’Epstein entretenait avec les uns et les autres, des hommes et des femmes de pouvoir, sans oublier les victimes. Si son pouvoir a été facilité par l’argent – il était millionnaire – son réseau l’a consolidé. En effet, il n’y a pas besoin d’être millionnaire pour jouir de la culture de l’impunité.
Comme #MeToo l’avait révélé au grand jour en 2017, la position de pouvoir d’hommes facilite les violences sexistes et sexuelles. Entendons ici la violence des hommes non pas comme une essentialisation biologique, mais comme un système de domination masculine historique, politique et sociale.
Ces violences prédatrices se retrouvent à différentes échelles. Adèle Haenel a dénoncé le réalisateur Christophe Ruggia pour harcèlement sexuel alors qu’elle était une enfant ; Judith Godrèche a fait de même contre les réalisateurs Benoît Jacquot et Jacques Doillon pour viol.
L’affaire Epstein et la vague #MeToo s’inscrivent dans un continuum de violences d’hommes de pouvoir, tout comme les affaires révélées par la Ciase ou Bétharram en France. La culture de l’impunité y domine encore et partage les mêmes caractéristiques quant au profil des prédateurs. Dans chacun de ces cas, des alertes ont été lancées puis passées sous silence ; des dizaines, des centaines de victimes ont été abusées avec la complicité d’un système qui a laissé faire. Ce système est composé d’hommes et de femmes complices par leur silence et leur inaction. Notre système n’est pas défaillant s’agissant des violences sexuelles : il est complice.
À cela s’ajoute la complaisance de certains médias qui, sous couvert de neutralité, continuent à inviter des hommes accusés à l’antenne, leur offrant ainsi une tribune pour se défendre et délégitimer la parole des victimes. Ils jouissent d’organisations protectrices et de solidarités, à l’instar de Jean-Marc Morandini sur CNews, condamné pour tentative de corruption de mineurs. Avant lui, les vingt plaintes de femmes contre PPDA avaient pointé l’inaction de TF1. Il est impossible de nier l’omerta institutionnalisée qui permet cette culture de l’impunité.
Pas de fatalité
Il n’y a pourtant pas de fatalité face aux violences patriarcales. La lutte contre les violences sexistes et sexuelles n’est pas une cause morale que l’on peut brandir comme cause nationale sans révolutionner un système social basé sur la domination masculine. Les mots ne suffisent pas, même s’ils constituent un défi pour l’exercice de la liberté d’expression en situation d’abus et de crime.
Il est impossible de nier l’omerta institutionnalisée qui permet cette culture de l’impunité.
Pour pouvoir contrer la violence des hommes, il faut, d’une part, consolider les dispositifs d’accueil des victimes et adapter la réception des plaintes sans reproduction de stéréotypes sexistes, homophobes, racistes et validistes. D’autre part, la formation doit être généralisée : à l’école, dès le plus jeune âge, afin d’outiller les enfants en cas d’atteinte à leur intégrité physique et psychique ; chez les professionnels de santé, de police et de la justice ; tout en donnant des moyens aux associations qui luttent contre les violences sexistes et sexuelles afin de pérenniser leurs actions et leurs expérimentations.
La lutte contre les violences des hommes n’est pas une fatalité : elle implique de rompre l’omerta, de cesser la minimisation telle que #notallmen et de s’atteler à ce chantier d’envergure qui n’en est qu’à ses balbutiements.
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