L’Allemagne et la règle d’or

Longtemps érigée en modèle, l’Allemagne traverse aujourd’hui une crise économique et stratégique qui l’amène à reconsidérer le recours à la dette publique. Cette situation inédite révèle une fois de plus l’absurdité des règles budgétaires européennes face aux enjeux actuels.

Alban Pellegris  • 9 février 2026
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L’Allemagne et la règle d’or
La Banque centrale européenne (BCE), à Francfort-sur-le-Main.
© Kirill KUDRYAVTSEV / AFP

En août 2023, l’hebdomadaire The Economist titrait : « L’Allemagne est-elle une nouvelle fois l’homme malade de l’Europe ? » Après deux ans de récession, force est de constater que les piliers du modèle allemand sont bien à terre. La production industrielle est au plus mal et est revenue à son niveau de 2005. Hier grosse acheteuse de biens d’équipement et d’automobiles, la Chine est montée en gamme pour devenir un concurrent direct.

La stratégie de redéploiement vers le marché américain est aujourd’hui caduque, compte tenu des droits de douane de Donald Trump, et les choix énergétiques passés combinés à la crise ukrainienne pèsent sur les industries électro-intensives comme la chimie et la métallurgie.

Grâce à son modèle, l’Allemagne a pu tout au long des années 2010 se désendetter et jouer au bon élève des règles budgétaires européennes.

L’Allemagne paye également son sous-investissement chronique (1) dans les infrastructures mais aussi dans le domaine militaire (1,1 % du PIB contre 2 % en France) à l’heure où le retrait de l’allié américain rend désormais insoutenable la faiblesse de ses dépenses en la matière. Enfin, le vieillissement accéléré de sa population tend, alors même qu’elle a un des âges de départ à la retraite les plus élevés, à déséquilibrer les comptes sociaux. 

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2,1 % de son PIB par an contre 3,7 % en Europe depuis 2000.

Grâce à son modèle, l’Allemagne a pu tout au long des années 2010 se désendetter et jouer au bon élève des règles budgétaires européennes. Mais l’accumulation de contradictions conduit aujourd’hui à reconsidérer la place des dépenses et de la dette publiques : hausse des dépenses militaires de 18 %, prix subventionné de l’électricité pour les industriels, fonds spécial de 500 milliards sur douze ans pour les infrastructures et le climat…

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Le budget 2026 prévoit ainsi 174,3 milliards d’euros de dette et le déficit public allemand devrait atteindre les 3,5 % du PIB en 2026. D’après la Bundesbank (banque centrale allemande), il pourrait même atteindre 4,8 % en 2028 avec une dette publique de 68 % du PIB, loin des seuils exigés pour les membres de la zone euro. Une petite révolution pour un pays qui a constitutionnalisé le « frein à la dette » en 2009.

« L’urgence d’agir »

Pour l’heure, l’Allemagne reste dans les clous budgétaires européens. La Commission a refusé d’engager une procédure pour déficit excessif. Les règles européennes retouchées en 2024 l’autorisent en effet à exclure une partie des dépenses militaires, et l’Allemagne a promis qu’elle fera des efforts à l’avenir.

La Bundesbank note pourtant qu’« on ne sait pas encore clairement comment le gouvernement central compte répondre à l’urgence d’agir pour garantir le respect des règles budgétaires nationales d’ici à 2028 ». Par contraste, la Finlande a, elle, eu moins de chance : malgré l’évocation de ses dépenses militaires, elle vient de rejoindre la liste des pays contre lesquels une telle procédure est engagée (Autriche, Belgique, France, Italie, Pologne, Hongrie, Malte, Pologne, Slovaquie et Roumanie).

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À l’heure où l’Union européenne joue sa place dans le monde, ces règles ne peuvent que favoriser la vassalisation énergétique, technologique et industrielle des pays européens aux deux puissances chinoise et américaine. Elles ne permettent pas non plus de se préparer aux catastrophes climatiques qui coûtent de plus en plus cher à l’économie européenne. Un bien mauvais calcul. Espérons que la situation de la première économie de la zone euro favorise cette prise de conscience.

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